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	<title>Mardi ça fait désordre !</title>
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		<title>Esprit es- tu là ?</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 14:02:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Prises de position]]></category>
		<category><![CDATA[Dalaï lama]]></category>
		<category><![CDATA[esprit]]></category>
		<category><![CDATA[Hessel]]></category>
		<category><![CDATA[paix]]></category>

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		<description><![CDATA[Déclarons la paix. Pour un progrès de l’esprit . Dialogues entre Stéphane Hessel et le Dalaï Lama 46 pages- 5 euros Editions Indigène collection « ceux qui marchent contre le vent » &#8230;&#8230; A l’heure où l’argent allié aux pouvoirs les plus rétrogrades livre, à l’est comme à l’ouest, une guerre sans merci aux peuples exténués, un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Déclarons la paix.</strong></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p>Pour un progrès de l’esprit .</p>
<p>Dialogues entre Stéphane Hessel et le Dalaï Lama</p>
<p>46 pages- 5 euros Editions Indigène collection « ceux qui marchent contre le vent »</p>
<p>&#8230;&#8230;</p>
<p>A l’heure où l’argent allié aux pouvoirs les plus rétrogrades livre, à l’est comme à l’ouest, une guerre sans merci aux peuples exténués, un livre qui traite des progrès nécessaires de l’esprit relève d’une entreprise salutaire. Que l&#8217;ouvrage ait pour initiateurs Stéphane Hessel auteur du best seller mondial, « Indignez vous » et le Dalai Lama autorité spirituelle en butte à l’impérialisme chinois ne doit empêcher le lecteur de prendre en compte la matière même de ce livre. Voilà 46 pages qui n’ont pas la prétention de figurer au Panthéon des  thèses de doctorat écrites sur le sujet. Les deux protagonistes aussi malicieux et jeunes dans leur tête que quelque peu amortis dans leurs artères se comportent comme des ouvreurs de pistes, assez confiants en leurs semblables pour stimuler leur curiosité.</p>
<p>Voilà une autorité religieuse qui revendique la primauté d’une pensée séculière universelle ou laïcs  et tenants des différentes religions ont à s’accorder. Opérer un distinguo très clair entre l’obédience religieuse et le spirituel est particulièrement fécond. Pourquoi la pensée rationnelle aurait-elle intérêt à réduire le mystère humain à néant ?  Parler de l’humanité ne consiste pas seulement à parler des individus, de leur corps et de leur âme mais aussi de toute l’immensité d’un univers de plus en rétif à la domination aveugle de notre espèce. L’écologie prise alors dans sa globalité a vocation à réunir humains, plantes, animaux et autres êtres vivants pour mettre en place quelque chose qui d’après Stéphane Hessel pourrait ressembler à une démocratie spirituelle.</p>
<p>Que les scientifiques les plus avancés et les maîtres de la méditation  avancent sur des chemins qui se croisent de plus en plus fort , n’oblige personne soit à se convertir au bouddhisme soit à entreprendre des études scientifiques, mais donne la possibilité à chacun à se saisir d’outils d’avenir.Comme l’avance également les auteurs on pourra également prendre acte des progrès de l’esprit le jour où nous cesserons d’opposer le bien fondé systématique de notre action aux chemins forcément sans issue  pris par les  autres. Ouvrons la porte, laissons nous aller à perdre notre chemin, ainsi nous nous laisserons une chance de nous retrouver.</p>
<p>Accessoirement, il  n’est pas sans intérêt de lire, ces temps-ci les articles consacrés à Stéphane Hessel. On comprendra alors que les médias fatigués de son succès et sans doute trop pressés pour juger sur pièce chacune de ses parutions, voient dans le dénigrement une belle façon de prouver leur indépendance . Certains hebdomadaires vont même jusqu’à recopier le même communiqué de presse . L’esprit a encore des progrès à faire.</p>
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		<title>Attention terrain glissant&#8230;.</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 13:07:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditorials]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis un an, j’écris des petites histoires. Je les fais pousser et les cueille dans mon jardin. Ma chimie naturelle veut que je passe un certain temps à tenter d’ouvrir toutes les portes du possible celles qui mènent sur des routes où je compte bien mettre à profit tous les accidents de terrain pour trébucher, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Depuis un an, j’écris des petites histoires. Je les fais pousser et les cueille dans mon jardin. Ma chimie naturelle veut que je passe un certain temps à tenter d’ouvrir toutes les portes du possible celles qui mènent sur des routes où je compte bien mettre à profit tous les accidents de terrain pour trébucher, glisser en état de totale complicité avec la réalité des rêves qui m’accompagnent. F B</strong></p>
<p><em><strong>« On écrit  toujours pour donner la vie, pour libérer la vie là où elle est emprisonnée, pour tracer des lignes de fuite » </strong><strong>Gilles Deleuze – Pourparlers – éditions de Minuit .1990</strong></em></p>
<p><em><strong>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</strong></em></p>
<p><strong>Vivre comme un porc ?</strong></p>
<p>On mange de moins en moins de viande dans le quartier de la Croix blême. Vache folle, vieillissement de la population, manque d’argent ? Sans doute. Pourtant au numéro 7 de la rue Claude Poussière, une nouvelle boucherie vient d’ouvrir ses portes. Lorsque Greg Niva franchit le seuil de sa boutique, le boucher ne lève pas le nez ni ne dit bonjour. Il désosse un énorme morceau de boeuf . « je voudrais une belle tranche de jambon blanc » Le boucher se redresse, bafouille, s’excuse, répète  « vous voulez une belle tranche de jambon ? » Il semble si ému que Greg ne s’aperçoit même pas qu’il est minuscule. Un nain.</p>
<p>Excusez moi monsieur, tous les jours depuis 40 ans je sers du jambon à des survivants, des zombies du goût. Vous êtes le premier à me demander une belle tranche de jambon. Je vais vous faire goûter trois jambons différents. Le premier vient des Alpes du Nord il est soyeux, légèrement mélancolique, aérien. Le deuxième arrive directement des Vosges, il a du moelleux, c’est un très bon vivant. Quant au troisième,  c’est vous qui m’en  parlerez après l’avoir dégusté.</p>
<p>Les  jambons des Alpes et des Vosges étaient remarquables. Le troisième était  pure émotion, l’histoire d’une vie, d’une tendresse frôlant la catastrophe.  Devant le boucher sidéré Greg fond en larmes. Le petit, petit homme s’agite dans tous les sens. Il court, il revient avec des mouchoirs en papier plein les mains, repart aussitôt. Cette fois il apporte deux verres, une bouteille de Chianti puis deux chaises. Pendant dix minutes ils resteront silencieux.</p>
<p>-Vous avez beaucoup de tendresse pour ces animaux, n’est-ce pas ?</p>
<p>-Plus que cela. J’ai vécu mon enfance parmi eux, ce sont eux qui m’ont donné à manger qui ont pris soin de moi. Moi je sais que « vivre comme un porc » n’a rien d’honteux. Vous êtes la première personne sensible que je rencontre. Vous connaissiez  mon histoire avant même que je vous la raconte. Je vis avec une ribambelle de porcs dans une maison proche d’ici. Je leur donne à manger, les aide à être beaux et à sentir bon. Je leur fais la lecture le soir avant de dormir. Nous échangeons aussi nos impressions de la journée. Je ne comprends pas tout ce qu’ils disent mais nous nous comprenons. Nous nous caressons avec bonheur  et nous dormons ensemble. Ils sont ma famille et en même temps je suis leur bourreau. Je pourrais vous dire qu’ils sont heureux d’apporter tant de plaisir aux humains en sacrifiant leurs enfants, mais ce n’est même pas vrai. Ils sont sans doute heureux d’avoir adopté un animal en détresse. Ils m’ont tout appris, l’amour, le goût, le plaisir d’être. D’ailleurs vous ne trouvez pas que je leur ressemble ?</p>
<p>- Oui, vous avez l’air d’un bébé cochon, mais aussi d’un vieux sage tibétain. La souffrance  n’a pas réussi à vous a abîmer. Vous êtes un grand aventurier dans un petit corps. J’ai beaucoup d’admiration et de tendresse pour vous. J’imagine  que vous auriez aimé faire un enfant cochon. …</p>
<p>- Pour rien au monde je n’aurais voulu altérer la qualité de leur chair. Moi qui déteste la viande sous plastique, j’utilise des préservatifs… je ne vous demanderai pas d’excuser ma grossièreté, car à l’instant présent elle m’enchante. Si j’osais je vous dirais que vous méritez de faire partie de la famille…</p>
<p><strong>Homme mur bien frappé</strong></p>
<p>A la sortie de l’école, les plus jeunes comme les plus vieux pissent dessus, les plus romantiques écrivent des messages d’amour, les plus révoltés  gravent des messages de haine. Lui, le mur ne dit rien, parce que l’on n’a jamais vu un mur prendre la parole. Comme les autres gamins Richie Deemoon, douze ans et mangé par les tâches de rousseur fréquente  le mur. Sauf que lui, attend sagement que les autres soient partis pour s’approcher. Il colle alors  son oreille contre la pierre et tout ce que le mur a capté depuis des années, reprend vie dans le plus grand désordre. Secrets de polichinelle, serments d’amour, cris de haine, gauloiseries, obscénités, turpitudes extrêmes, poésie sans souci, tragédies du temps qui passe, blagues à deux sous, érotisme sous le manteau, tout est là. La vulgarité à l’état pur converse  avec le charme des années innocentes ; la plus grande fragilité  avec l’appétit de la vie.</p>
<p>Un jour l’oreille de Richie perçoit une tension inédite au cœur même de la pierre.  il a l’impression que le mur se rétracte, comme s’il se préparait à devenir sourd. Le lendemain et le sur lendemain l’impression se précise. Maintenant il n’y a aucun doute le mur gémit. Peter décide de revenir un peu plus tard  à l’heure où  ses petits camarades insultent  la littérature en racontant pour la nième fois qu’ils ont passé des vacances aussi passionnantes qu’instructives chez leur très chère grand –mère.</p>
<p>La nuit est en train de tomber. Richie laissera ses mains le guider. Après avoir parcouru un tiers de la surface, il sent qu’il se rapproche d’un point de tension extrême. Il avance un doigt, deux doigts et les retire aussi vite. Il a du sang sur la main. Il  crie très fort mais  aucun son ne sort de sa bouche Dans une demie- heure sa mère va frapper à la porte de sa chambre pour l’inviter à passer à table. Il  doit donc rentrer. Il a du mal à mettre une jambe devant l’autre, mais il ne sera pas en retard. Après le dîner, comme tous les autres soirs il  va se coucher.</p>
<p>Une heure et demie plus tard, Peter ouvre la fenêtre de sa chambre  située au rez – de chaussée de  l’immeuble et se retrouve  sans encombre dans la rue. Cette fois, la nuit est bien là et la lune illumine le mur. Soudain à  quelques  mètres de là, il aperçoit un homme. Sa tête ressemble à un cauchemar ridé. Il enlève sa chemise et se  met à courir. L’homme accélère, d’ici peu il va se fracasser contre le mur. L’enfant hurle. Et cette fois le son qu’il produit est énorme. L’homme stoppe net, à moins de vingt centimètres de l’auto destruction . Il se tourne vers Peter éberlué.</p>
<p>L’enfant  colle alors son oreille sur la paroi. Ce qu’il entend le rassure. Son ami le mur ne gémit plus. Il invite l’homme  à l’imiter. Manifestement lui aussi entend et enfin se détend. A l’intérieur du mur ça gazouille aussi fort que cela criait et beuglait il y a peu. La tempête danse avec les tigres et les fées jouent sans vergogne du couteau. Ce monde là est aussi dangereux qu’un rêve de tendresse. Comme le jambon, la vie est tranchée, mais pas que d’un seul côté. Si on le veut bien, on aura toute liberté de danser et de rire. Mauvaise nouvelle</p>
<p><strong>A la baguette</strong></p>
<p>Erica Marcelle est romancière.. Elle a écrit, il y a dix ans un roman à succès que l’Opus Dei a voulu faire interdire. Erica sait tout ce qu’elle  doit à ses censeurs. L’indigence de leur pensée a plus fait pour elle, que l’intelligence haute en plume de critiques littéraires qui  n’avaient depuis fort longtemps reçu un tel choc. Ensuite, il fallu en écrire un second, puis un troisième … puis un dixième. Du premier au dernier de ses livres, Erica déteste ce qu’elle écrit mais ne peut s’empêcher d’aligner des mots les uns à la suite des autres. Elle espère que son acharnement au travail lui permettra d’épuiser le stock de banalités dans lequel elle puise sans modération depuis qu’elle noircit du papier. Ce matin, comme chaque jour, elle s’est mise au travail à 8 h. A 14h 30, elle se lève, enfile une veste pas plus moche que ce qu’elle écrit  et va s’asseoir à la terrasse de Benoit,  la brasserie qui se trouve à moins d’une cigarette de son immeuble. Eté comme hiver Benoît lui sert toujours le même plat, un  pot au feu qu’il cuisine en pensant à Marcel Proust, mais ça il se garde bien de le lui dire .Chaque fois qu’Erica le complimente en lui disant qu’il y a dans son pot au feu, un je ne sais quoi qu’elle ne retrouve nulle part ailleurs, il se contente de sourire. En guise de dessert ce jour là, comme les autres jours, Erica se fait servir un verre de chablis. Agrumes, melon et minéralité sont aujourd’hui comme toujours au rendez-vous. Elle savoure.</p>
<p>Sur le trottoir d’en face elle aperçoit un homme  blond et plutôt jeune sortant de la boulangerie. Il passe devant le magasin de vêtements « Pêche et chasse » sans accorder le moindre regard aux mannequins en celluloïd qui le toisent. Sans doute contrôle –t-il mal le mouvement de son bras, sa baguette de pain lui échappe et va percuter la vitrine.  Dix minutes plus tard, un autre homme emprunte le même chemin. Il est blond comme le 1<sup>ier</sup>.On ne sait ni comment ni pourquoi sa baguette lui échappe et  vient comme précédemment percuter la vitrine. Cette fois ci l’incident se passe  juste en face du chasseur qui reste imperturbable. Erica est troublée. Elle rentre chez elle, se remet au travail. Ce qu’elle écrit aujourd’hui n’est ni pire, ni meilleur que d’habitude. A 23 h, elle juge qu’il est temps d’arrêter. Elle se déshabille. Vingt minutes plus tard, elle est au lit, mais hélas le sommeil n’est pas au rendez vous .Ce ne sont pas des moutons qui défilent dans sa tête, mais des baguettes de pain. Le lendemain matin, malgré son épuisement, elle est comme chaque jour à 8h précises  devant son ordinateur. Pourquoi les mots qui viennent se placer les uns à la suite des autres ont –ils ce matin la  grâce et la puissance dont ils étaient jusqu’alors dépourvus ? Elle n’en sait rien  et s’en moque. Elle savoure et avance à pas de géant. A 14h 30, comme d’habitude elle s’arrête. Un bref regard jeté à son miroir lui laisse entrevoir une tête de zombie aussi épuisée qu’heureuse. Elle a soif et faim. Quelques minutes plus tard assise à da table habituelle elle échange quelques banalités avec Benoit, avant, rituel oblige, de passer commande. Sans la moindre préméditation, elle s’entend commander un verre de bordeaux rouge que Benoit devra lui servir en apéritif. Ce dernier pâlit, les rides de son front se creusent, il est manifestement très inquiet. Déjà depuis 20 ans qu’elle fréquente l’établissement  elle ne prend jamais d’apéritif et encore moins de vin rouge. Il va jusqu’à craindre qu’elle ait perdu l’inspiration. Pourtant Erica, malgré son épuisement se sent bien. Aujourd’hui les passants ont une couleur, l’air une densité donnant à l’instant présent un charme peu commun. Dans le magasin d’en face les mannequins en celluloïd ont l’air plus calmes plus à l’écoute. Soudain elle aperçoit sur le trottoir d’en face, un jeune homme faisant des moulinets avec sa baguette de pain. Au moment où il passe devant le chasseur il s’arrête, ajuste sa baguette qu’il feint de prendre pour un fusil et  tire.</p>
<p>Deux coups de feu éclatent, le jeune homme s’écroule. Son sang se répand sur le trottoir. Erica se lève, elle court vers le blessé, lui  prend la main. Il a la force de tourner la tête vers elle. Son  visage s’illumine. Trop faible pour hausser la voix, il lui fait signe d’approcher. «  …je ne voudrais pas avoir l’air de profiter de la situation… mais j’ai lu tous vos romans. Ils  sont sublimes, J’aimerais que vous me dédicaciez le prochain. Son corps se soulève puis après un hoquet se raidit. Erica se relève, traverse la rue. Elle s’arrêterait bien au bar de la brasserie pour boire un dernier verre de bordeaux rouge, mais elle doit de toute urgence se remettre à écrire.</p>
<p><strong>Il  a  enfin rejoint  les siens</strong></p>
<p>Raphael a 48 ans. Ce soir, il s’est couché à une heure raisonnable. Au pied de son lit se tiennent son père, sa mère, sa sœur aînée Simone, son frère cadet Hector et sa tante Janine. Ce soir il ne lira même pas le journal, il est trop fatigué. Il  fait un petit signe de la main à sa chère famille, un sourire et il éteint. Le lendemain soir il est seul dans sa chambre pour affronter la nuit. Ses parents seraient bien restés avec lui un peu plus  longtemps, mais avec beaucoup d’assurance il les a invités à prendre le large. La région où il habite est magnifique, ils ne peuvent pas repartir  sans la visiter. Il les reverra avec beaucoup de bonheur d’ici trois ou quatre jours. . Avant de se coucher.il a comme tous les soirs depuis un mois, ingurgité, la potion préparée par ses soins .Seul dans sa chambre il lira le journal pendant au moins une demie heure, fera un sourire, un geste de la main, bonne nuit comme s’ils étaient encore là et puis il éteindra. Il ne trouvera pas tout de suite le sommeil. Pourquoi  ne pas demander  à une amie de passer le voir demain soir ? Certes il ne l’a pas vue depuis 15 ou 20 ans, mais à l’époque, ils étaient assez proches. Il  l’imagine  debout devant la fenêtre, attendant qu’il soit couché pour déposer sur son front un baiser affectueux .Un voisin  passe justement à cet instant sur le trottoir d’en face. Il aperçoit la magnifique silhouette se découpant dans la transparence du rideau. Le lendemain matin tout le quartier est au courant. On l’insulte. Un gamin lui jette une pierre. Il ne peut pas prendre un pareil risque.</p>
<p>Certes à son âge, il a fort peu de chances de retrouver du travail, mais les amenuiser sciemment serait irresponsable. Comme d’habitude,  à son réveil,  il épluchera les petites annonces, répondra à toutes les propositions avec une conscience professionnelle que sa dernière éviction n’a pas entamé. Il sortira autant de fois que nécessaire pour mettre  à la poste un nombre de lettres impressionnant. Toutes ne sont pas affranchies. Il faut aussi laisser la place aux autres et au hasard. Ce soir il est satisfait,  son corps  enfin réagit au traitement. Demain, il doublera la dose et ensuite il passera au salon. Comme d’habitude il fait exactement ce qu’il a dit qu’il ferait. Au moment opportun, il sort le sac de ciment du placard, verse deux louches dans une cruche, ajoute un peu d’eau, remue, rajoute encore un peu d’eau et avale. Un sourire traverse son visage. Il se lève sans précipitation, ouvre la porte du salon. Sa famille est là qui l’attend, immobile. Il s’assied sur le siège qui lui est réservé. D’après ses calculs, il dispose encore de trois minutes. Il plonge la main dans le fond du bol, se barbouille le visage avec le reste de sa préparation. Maintenant l’œuvre est accomplie .Le sculpteur a enfin rejoint les siens.</p>
<p><strong>Qui ose remettre en cause le principe de causalité ?</strong></p>
<p>Assis en arc de cercle autour d’une table, trente hommes en robe noire. 29 portent une toque en fourrure blanche, un seul une toque en fourrure rouge. Debout devant un pupitre un huissier en habit annonce au fur et à mesure les affaires traitées : Affaire Germain Flapt. Un magistrat lève le bras. Le procureur lui donne aussitôt la parole :  « Je tiens à attirer l’attention de l’honorable assistance sur l’aspect paradoxal de ce dossier. En effet en dépit d’un objet des plus mince, il met  en cause, les valeurs fondamentales du vivre ensemble qui sont les nôtres depuis la nuit des temps. La cour sera bien avisée de n’accorder aucun crédit au désarroi de façade affiché par l’accusé. Sous le couvert de faits pour le moins anodins, c’est un véritable défi qui est lancé à la face de nos institutions » L’ensemble des membres de la cour, conscient de la gravité de la situation opine trois fois du chef. Le magistrat instructeur prend alors la parole : Germain Flapt est employé depuis 30 ans par le  service des raccordements municipaux. Jusqu’au 15 Février dernier, personne n’a eu à se plaindre de lui. Toutefois ses chefs de service, sans se concerter, ont  à plusieurs reprises émis des procès verbaux d’alerte. Je rappelle que ces derniers ne  sont  versés au dossier que  si la conduite de l’individu concerné fait l’objet d’une procédure accusatoire dans les 12 mois qui suivent leur émission.  Aujourd’hui 4 procès verbaux émanant de 4 sources différentes attirent l’attention des services  concernés sur le fait que l’individu  Germain Flapt accomplit les tâches qui lui ont été assignées avec un détachement  pouvant  frôler la désinvolture. La procédure accusatoire s’appuie sur les faits  suivants : Depuis plus de 40 ans Germain Flapt est connu et reconnu comme un amateur très éclairé de crème au chocolat. Ses avis sur la qualité des différentes recettes de crème ont toujours été pris en  grande considération. Des journalistes du monde entier sont venus à maintes reprises l’interviewer. Hors le 15 Février dernier, le prévenu, sans crier gare met fin brutalement à toute forme  de dégustation. En toute objectivité ce changement de pied sans rime ni raison  nous est fortement préjudiciable mais il n’est pas encore répréhensible.</p>
<p>Hélas il le deviendra très rapidement au gré des prises de positions tonitruantes de l’intéressé. La moindre des choses aurait été de nous donner la clef de son nouveau comportement. Au lieu de cela, Germain Flapt provoque nos informateurs assermentés. Il hurle à la face du monde son mépris pour le principe de causalité. Les témoignages sont à cet égard aussi nombreux qu’accablants.</p>
<p>Au patron du bar Banni, il a, après trois bières, déclaré : j’ai arrêté de déguster de la crème au chocolat parce que…j’ai arrêté ,voilà tout et je pisse à la raie des esprits glauques qui imaginent que le souvenir de  mon enfance malheureuse ayant fini par me remonter  jusqu’à la glotte, mes papilles gustatives se sont trouvé derechef dans l’impossibilité de faire leur travail. A l’un de ses collègues de bureau particulièrement indulgent il a déclaré : Depuis le 15 Février je vomis la crème au chocolat et si d’aucuns veulent en tirer la conclusion que j’ai enfin ouvert les yeux sur les turpitudes de notre société, qu’ils sachent que je n’ai aucune explication à leur donner. Je sais que ma conduite comme mon discours pourront faire l’objet d’une inculpation et pourquoi pas d’un emprisonnement. Fort bien,  je m’en réjouis. A  mes juges, flics, gardiens, je vais pouvoir, avec  jubilation, démontrer la totale inanité d’un principe de causalité qui est ni plus ni moins qu’une camisole de force  jetée sur les épaules fragiles de notre liberté.</p>
<p>Merde à la causalité, merde à la crème au chocolat, merde aux puissants cul terreux qui nous empêchent  de respirer, merde à la merde. Je ne suis qu’un petit employé mais je hurlerai assez fort pour réveiller une planète asservie à votre triste principe de causalité : Au secours, au secours, au secours. 29 justiciers se tournent interloqués,  vers le magistrat instructeur, dont le visage est maintenant rouge de confusion. Sans y prendre garde il a  déclamé  avec un enthousiasme proche de l’hystérie un témoignage  qu’en bon professionnel il aurait du ânonner  avec la froideur distanciée d’un métronome. Parce qu’il a  fauté, il doit être  puni. Un accusateur qui prend le parti des accusés  est un non sens. Un non sens doit être éliminé. C’est logique.</p>
<p><strong>Elle hait les pauvres</strong></p>
<p>Astrid de Bouillon- Ferrière n’est pas bonne et ne sent pas bon. Cette odeur  saumâtre qui est la sienne, elle la vit comme une bénédiction. Elle éloigne les envieux, les  cupides, les imbéciles et les autres. Agée de 95 ans, elle n’a personne à charge, sa santé ne lui pose aucun problème, ses fins de mois non plus car elle est immensément riche. Ses neveux et nièces, tous plus laids les uns que les autres ne sont autorisés à venir la voir qu’une fois par an. Elle remet alors à chacun un chèque d’un montant considérable. Tous la remercient avec émotion, ayant sans doute oublié, que l’année dernière, elle leur a également remis un chèque d&#8217;un montant tout aussi élevé …à l’ordre de leur paroisse.</p>
<p>Astrid  hait les pauvres comme elle hait toutes les victimes. Cette nuit là, Marlyse de Staël, sa gouvernante est réveillée en sursaut. Le haut parleur de l’écoute bébé reliant sa chambre à celle de madame lui explose le tympan. Un rire énorme  en sort cascades hystériques.. Moins de deux minutes plus tard, elle entre dans la chambre .Madame de Bouillon Ferrière est assise sur son lit riant aux larmes. -  je viens d’avoir une idée qui me réjouit : Je vais léguer toute ma fortune à une famille de pauvres.</p>
<p>-Mais je croyais que vous les détestiez ?</p>
<p>-Je leur fais un cadeau empoisonné. Ils vont dilapider mes biens, se faire gruger et peut être même s’endetter. Leur incurable bêtise sera affichée à la face du monde. Je compte sur vous pour choisir une famille exemplaire. Cela ne devrait pas être très difficile, car de nos jours la pauvreté se porte bien. Marlyse de Staël dès le lendemain se rend dans les quartiers déshérités de la ville. Chaque famille rencontrée est prise en photo. Madame trouve tous ces gens ignobles. Après deux mois d’investigation Madame arrête enfin son choix. La famille Bonnot semble aussi bête que les autres mais leur laideur reste acceptable. Le notaire est convoqué pour le lendemain. Cette nuit là Astrid de Bouillon- Ferrière dort mal. Son dispositif est bancal. A quoi cela rime-t-il de léguer sa fortune à des pauvres, si elle n’est plus là pour assister à leur déchéance ! Elle va plutôt leur faire une donation de son vivant et sera aux premières loges pour assister à leur descente aux enfers. Sa gouvernante lui fera un compte rendu quotidien.</p>
<p>1<sup>er</sup> jour- le commissaire de police et  le fondé de pouvoir d’un notable au dessus de tout soupçon sont venus offrir leur protection. Plus de 200 journalistes sont aux aguets….</p>
<p>2<sup>ème</sup> jour- Les banquiers sont aussi venus faire des offres de services. Les ex pauvres ont signé tous les contrats proposés sans prendre connaissance des paragraphes écrits en plus petits caractères…Un camion est venu leur livrer bouteilles de vin, champagne, alcool, caviar, fois gras, homard , saumon, saucisses, rillettes et chocolat.</p>
<p>3<sup>ème</sup> jour- Bonnot a engagé des gardes du corps afin de pouvoir boire et manger sans être dérangé.</p>
<p>4<sup>ème</sup> jour- Ils ont subi leur premier cambriolage. Les voyous sont de plus en plus nombreux à roder autour de la maison. L’un d’eux a brisé une vitre. La police est arrivée trop tard.</p>
<p>5<sup>ème</sup> jour- Le père et la mère ivres morts ont été hospitalisés en urgence laissant  leurs enfants de 2 , 4 et 5 ans seuls. Des voyous ont enfoncé la porte et kidnappé les enfants. …..</p>
<p>Ce magnifique gâchis comble d’aise Madame. Elle est tentée de leur faire une deuxième donation. Sa gouvernante consultée exprime un avis négatif. Madame passe outre. Six mois plus tard après une quatrième donation Astrid de Bouillon- Ferrière est toujours en pleine santé et ravie du bon tour qu’elle a joué à une famille d’imbéciles. Sa gouvernante se précipite comme d’habitude à son chevet au milieu de la nuit.</p>
<p>-J’ai encore eu une idée lumineuse je vais inviter à déjeuner mes neveux et nièces.  Au moment du dessert je leur ferai part de mes nouvelles dispositions. Peut être serait-il plus prudent d’inviter également mon médecin, car l’un d’eux risque d’avoir une syncope. Le déjeuner eut lieu comme prévu. Madame avec une politesse exquise prit des nouvelles de chacun.</p>
<p>L’information du jour fut donnée après le premier plat. Les neveux et nièces dirent seulement qu’ils trouvaient le homard Thermidor délicieux. Madame crut bon d’enfoncer le clou. Ils demandèrent seulement l’autorisation de se resservir. Ils prirent tous du fromage. Vint ensuite  un délicieux gâteau à l’orange préparé par Marlyse de Staël. Chaque neveu et nièce eut la surprise de trouver sous son assiette à dessert une enveloppe contenant un chèque et un  mot manuscrit. Le chèque d’un montant considérable était libellé à l’ordre de chaque convive. l’émetteur, un certain Paul Bonnot remerciait Madame de Bouillon-Tonnerre de ses bontés. Grâce à elle, il avait pu fréquenter les riches  et bénéficier de leurs conseils avisés. Il avait ainsi  fait fructifier l’argent qui lui avait généreusement été alloué et trouvait décent d’en offrir le dixième à la famille de sa bienfaitrice. A ce moment précis, le cœur de cette dernière s’arrêta de battre. Son intelligence avait atteint ses limites.</p>
<p><strong>Des fleurs de mon jardin</strong></p>
<p>Amy Bartleby  est expert géomètre, rousse et lumineuse. Elle passe le plus clair de son temps à identifier, délimiter la propriété des autres. Très éloignée de toute forme d’ordre, elle ne saurait dire que son métier lui plait mais elle apprécie  l’équilibre  qu’il lui apporte. Alors elle lui consacre au moins 12 heures par jour. Les quelques instants qui lui restent sont réservés à ses amoureux . Un jour sur deux, quand Amy  rentre  au petit matin, l’élu du moment  dort.  Quant  il se réveille, elle est  déjà prête à partir. Jeunes ou moins jeunes, mais toujours un peu égocentriques, ils  finissent tous par se lasser. A chaque rupture, Amy sombre dans un désespoir  de plomb. Pourra-t-elle un jour rencontrer un homme  capable de comprendre que l’on peut tout donner à l’autre  sans pour autant  rester nuit et jour enchaîné au même piquet ? Rien n’est moins sûr.</p>
<p>Un soir de plate solitude elle regagne son trois pièces ; pour la première fois depuis trois ans qu’elle l’habite sa laideur lui saute à la figure. Demain elle déménagera.  A la première heure elle toque à la porte de la concierge d’un immeuble qu’elle a  repéré le mois précédent dans la vieille ville. Par chance, un appartement en rez- de chaussée avec jardin vient de se libérer. Ce dernier est en friche depuis des années, mais elle le trouve sublime. L’appartement  correspond également à ses goûts et le propriétaire  accepte de se  déplacer sur le champ  pour lui faire signer  le contrat de location. Amy  est aux anges Elle a enfin trouvé le cadre de vie qui lui convient.  Alors qu’elle n’a même pas  une brosse à dent, elle s’allonge sur le parquet de sa future chambre et s’endort comme une bienheureuse. Au petit matin, elle se réveille en compagnie d’un soleil  éclatant, reposée et pleine d’optimisme. En fouillant dans les placards, elle réussit à trouver un sécateur un peu rouillé mais en état de marche. Elle coupe, elle taille et réussit bientôt à dégager un chemin à travers les broussailles… Un été, il y a très longtemps son père,  qui n’avait jamais de sa vie tenu une paire de ciseaux, avait accepté de lui couper les cheveux. Malgré  quelques trous et des dissymétries en nombre, elle ne s’était jamais vue aussi  belle. ….</p>
<p>Avant d’aller travailler, elle pense même à  appeler un déménageur, il passera prendre les clés des appartements  à son bureau et s’occupera de tout. Pendant ce temps elle continuera, comme chaque jour ouvrable à tracer des frontières entre les habitations de gens qui ont naturellement besoin de connaître les limites de leur territoire.  Sa journée de travail finie, elle est enchantée à l’idée de faire plus ample connaissance avec son nouvel appartement. Au moment où elle met la clef dans la serrure, le soleil n’est pas encore couché. Son déménagement  est comme convenu dans la salle de séjour, mais  elle souhaite d’abord profiter du jardin. Pour le plaisir, elle taille encore quelques broussailles, arrache des herbes folles, ici elle se sent  bien. Dans moins de deux heures elle aura fini de ranger. Très vite ses vêtements, ses objets   sont en place, ses tableaux   accrochés. Encore deux caisses et elle aura fini. Elle en prend une à bout de bras et à sa grande surprise en  découvre une 3<sup>ème</sup>.</p>
<p>Sur l’une des faces, une étiquette a été collée : à remettre au service municipal des objets encombrants avant mardi. Il s’agit sans doute une erreur de son déménageur. Heureusement il a laissé sur place un diable qui va lui permettre de se débarrasser de la chose. Elle parvient assez facilement à placer la caisse sur le diable. Elle s’achemine vers la porte d’entrée, quand soudain une voix qu’elle ne reconnait   pas lui assène : non, tu n’as pas le droit… Dans la pièce et dans l’appartement, il n’y personne d’autre qu’elle….C’est donc elle qui vient de parler. Panique. Elle s’assoit le temps de reprendre son souffle. Il  y a sûrement un cadavre dans la caisse. Un être sans défense assassiné lâchement, peut être torturé. Son déménagement a été une aubaine pour l’assassin. Elle doit appeler la police, même si elle déteste ces gens là. Mais… elle doit tout de même vérifier ce qu’il  en est. Dans le tiroir de la cuisine, elle se saisit d’un couteau, le pose sur une table basse. Elle dévisse la partie supérieure de la caisse. Des feuilles mortes apparaissent. En dessous  se cache sûrement un cadavre. Elle écarte les feuilles ….deux yeux bleus intense  lui font face. Elle vacille, tombe sur le plancher. Mais le choc au lieu de l’assommer la réveille. Elle se redresse plus  calme, élimine  les  dernières feuilles. Un homme nu est allongé dans la caisse. Il ne porte aucune marque de blessure, mais son corps est d’une saleté affligeante. Pire sa peau est ratatinée comme celle d’un vieillard, pourtant  son visage  dit qu’il ne doit pas être très vieux.</p>
<p>Soudain elle pousse un cri. Il ronfle. S’il ronfle cela veut dire qu’il est vivant… Aucune peur, aucune trace de nervosité ne  marque son visage, comme si une bienveillance totale l’avait privé de toute protection. Amy malgré la crasse met la main sur son ventre. Sa peau est aussi sèche qu’une terre désertique. S’aidant du diable, elle transporte  la caisse ouverte dans le jardin. Sans trop de difficulté, elle dépose le corps sur le petit chemin qu’elle a ménagé parmi les broussailles, puis l’arrose abondamment. Il semble se détendre quelque peu et absorbe l’eau avec avidité. Il dort toujours profondément, mais elle ne rêve pas, ses lèvres esquissent un sourire. Amy  pose une main sur la poitrine de l’inconnu. Les battements de son coeur sont réguliers. Elle pourrait appeler un médecin ou pourquoi pas les pompiers, mais son intuition lui dit qu’il faut faire autrement. L’air du soir est trop doux pour qu’il risque de prendre froid. Elle le recouvre néanmoins  d’une couverture. Elle ne peut tout de même pas le laisser seul, alors elle s’allonge à côté de lui. Lui a-t-elle pris la main ? ou la main de l’homme est –elle venue naturellement prendre la sienne ?. A son tour elle s’endort. Au milieu de la nuit, elle se réveille, prise d’un énorme fou-rire. L’homme dont elle partage la couche se nomme Boris, elle en est sûre. Il n’est ni un de ses nombreux amants, ni un de ses amis, mais il n’est pas un étranger : Bonne nuit mon cher Boris  vous êtes entré d’une façon très curieuse dans ma vie mais grâce à vous j’ai l’impression de poser les pieds sur une nouvelle planète. Prenez votre temps, le jour où vous en aurez décidé, vous vous réveillerez le plus doucement possible,  je serais là. Après… je ne sais pas. Vous resterez, vous partirez, vous en déciderez librement. Le lendemain matin, Amy se réveille comme d’habitude. Boris dort toujours. Elle réussit à lui faire boire quelques gouttes de jus de fruit, mais le sourire ne reviendra sur ses lèvres, qu’après un arrosage abondant de  tout son corps. Elle lui explique en quelques mots, qu’elle va partir  au travail et ne reviendra  qu’en fin de journée. Pendant au moins une semaine le cérémonial du premier jour se répète quasi  à l’identique. Boris dort toujours, mais Amy n’est  pas inquiète, il parait serein et son corps  se réchauffe petit à petit. Les jours qui suivent Amy rentre de plus en plus tôt. Boris ne se réveille toujours pas, mais quand elle lui raconte sa journée, il  semble de plus en plus présent. Un soir, elle rentre plus tard que d’habitude  la nuit est tombée. Elle pénètre dans le jardin… et ne voit pas Boris. Ce n’est pas possible. Elle court chercher une lampe torche dans la cuisine. Non, elle s’est trompé. Le corps n’a pas bougé mais il est recouvert de petites fleurs bleues, sans doute des renoncules et de petites pivoines rouges. Elle n’a jamais rien vu d’aussi beau. Merci  Boris, merci. Ses lèvres frôlent celles de l’homme, elle s’allonge à nouveau à  côté de lui. Le lendemain matin elle se réveille à son heure habituelle. Elle est trop heureuse pour aller travailler. Elle le lui dit. Elle sent alors la main de son étrange compagnon quitter lentement la sienne. Un instant plus tard la main revient vers elle pour lui offrir des fleurs cueillies à même son corps. D’ici peu les yeux de Boris s’ouvriront,  des mots s’échapperont de sa bouche. En attendant elle le couvre de baisers. Dans quelques jours ils auront leur première dispute, ce sera magnifique.</p>
<p><strong>Franchir le Rubicon</strong></p>
<p>Lola a 8 ans. Cette semaine, elle a eu 6 en arithmétique.</p>
<p>Sa mère a dit : elle est objectivement en retard de deux ans.</p>
<p>Oui, mais elle s’améliore un peu a fait remarquer son père.</p>
<p>Pas assez pour qu’on puisse lui dire que sa chère grand-mère est morte.</p>
<p>Ils lui ont raconté qu’elle était partie pour un long voyage.</p>
<p>Elle est  beaucoup trop jeune pour savoir que ce  voyage là est sans retour.</p>
<p>Trop jeune aussi pour avoir de l’argent de poche, pour sortir seule dans la rue, pour prendre la parole  pendant les repas, pour lire dans son lit après dix neuf heures.</p>
<p>En vérité, Lola  est assez vieille  pour apprendre à souffrir. Mais plus vite que deux et deux font quatre, elle a appris la colère. Celle qui n’accepte pas le règne de la bêtise triomphante.</p>
<p>Elle ne supporte pas de voir pleurer son grand père. Elle a juré à ses doigts de pied, qu’elle ferait revenir le sourire sur ses lèvres. Son anniversaire qui aura lieu dans un mois pourrait bien lui en donner l’occasion.</p>
<p>Ce Dimanche là, Lola est  autorisée à traverser la rue toute seule pour aller chercher son  grand père qui habite  en face de sa fille Simone. Il ouvre la porte, soulève Lola de terre et la serre très fort dans ses bras. Elle en profite pour chuchoter à son oreille des mots qui sentent la rosée, des mots qui chatouillent l’âme. Lui du fond de son désert boit les paroles de sa petite fille. Il tangue légèrement puis  remonte à la surface du temps présent. Il est prêt à affronter les lions et les veaux et à dire autant de bêtises qu’il va en entendre. Lola est son allié. Les doigts de l’enfant inventent des étoiles bleues qui vont caresser le ciel.</p>
<p>Ils sont 18 autour de la table dont 16 personnes autorisées à dire n’importe quoi et à offrir un cadeau d’anniversaire à Paul, juste avant le dessert. Paul aime les romans,  la musique, les voyages et encore plus que tout, les surprises. Justement pour lui changer la tête, toutes ces bonnes âmes  lui offrent des choses qui ne le concernent pas. Entre autres, un abonnement de deux ans au club  de golf le plus chic de la ville. Paul remercie tout le monde poliment. Lorsqu’il croise le regard de Lola il dit : « Ma chérie ta présence autour de cette table est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire » Lola est heureuse, pas les autres convives. Pire, elle a l’audace d’ouvrir la bouche. Elle crie :  « Paul moi aussi , j’ai un cadeau pour toi »</p>
<p>Simone tape sur la table : « Lola ça suffit, restes à ta place » Justement Lola se lève, elle a sorti un paquet cadeau rouge de dessous la table. Elle le remet à Paul. D’une main  il ouvre le paquet. Ses gestes sont aussi sûrs que lents. Dans son autre main il tient la menotte  de sa petite fille. Sous le papier cadeau, un premier carton avec un couvercle.</p>
<p>Dans le carton un étui en velours rouge, dans l’étui un papier de soie. A l’intérieur, deux magnifiques boucles d’oreille en argent supportant une grappe de faux rubis brillant de tous leurs feux. Elles sont magnifiques dit Paul très ému. Il se lève, fait face à l’assistance. «  Si vous  le permettez Lola va m’accompagner à la maison. C’est  elle qui choisira la robe la mieux assortie à ces magnifiques boucles d’oreille. Nous reviendront ensuite parmi vous pour que ayez la possibilité d’admirer un homme de 80 ans portant pour la première fois de sa vie une robe de soirée. J’espère que vous aurez  l’élégance d’applaudir ma petite fille avant qu’elle ne quitte cette pièce en ma compagnie ». Simone ma chère fille, c’est à toi d’ouvrir le ban. Simone très pâle se lève, sa main gauche vient effleurer sa main droite, son mari la suit et après quelques secondes de flottement,  les autres convives les imitent .Ils tapent, tapent de plus en plus fort dans leurs mains. Paul droit comme un i  sort de la pièce, sa petite fille chérie à son bras.</p>
<p><strong>Sam, Sarah, le temps leur appartient</strong></p>
<p>A chaque pas Sarah Aleka  inventait sa route. Elle n’était encore qu’une vague silhouette avançant le long de l’avenue de l’Insurrection, quand l’étudiant Sam Grégaire, assis à la terrasse d’un café mit un point final à la dissertation commencée,  trois heures plus tôt. Il leva le nez et la vit… Etait-il possible d’exister avec autant de grâce de liberté ?  Chacun des mouvements de la jeune femme affirmait que la vie est d’abord bonheur, découverte, intelligence . Certains la disaient naïve, elle était seulement  ouverte à toutes les propositions sincères, même si déraisonnables. Maintenant,  elle n’était plus qu’à  quelques mètres de la terrasse du café. Tel un  somnambule Sam se leva. Il n’avait bu que du café mais sa démarche n’était guère assurée. Son pied heurta une chaise. Il s’affala de tout son long. Sarah fut tentée d’en rire, mais le pauvre garçon avait, dans sa chute, aussi déchiré son pantalon. Il se releva aussi vite que gêné. Elle commanda deux cognacs. L’alcool le réchauffa et le calma. Il prit le temps de chavirer, de remonter à la surface, de plonger à nouveau entre ses lèvres entre ses seins et ailleurs. Elle lui dit qu’elle pouvait se déshabiller sur place, s’il en avait envie. Il répondit qu’il voulait la regarder sous tous les angles possibles, mais qu’il n’était pas pressé. A son tour, il lui offrit un cognac. Ils trinquèrent. Ensuite elle s’endormit. Sam ne cessa de la regarder, fasciné. Quelques heures plus tard elle ouvrit les yeux. Sam relisait sa  dissertation. Quand il leva à nouveau le nez leurs yeux se rencontrèrent. Il lui dit : je voudrais vous demander la permission de prendre votre gros orteil gauche dans ma bouche.</p>
<p>Sarah trouva la proposition réjouissante. Souhaitait &#8211; il le faire ici tout de suite ou plus tard ? Avant qu’il prenne une décision, elle voulait  qu’il sache qu’elle avait la peau tendre et goûteuse. Il faudrait donc, s’il avait un peu d’amitié pour elle, qu’il ne succombe pas trop rapidement à la gourmandise sinon il risquait de se retrouver avec un petit tas d’os à ronger et une immense nostalgie. Sam acquiesça. Il lui  donna rendez-vous au même endroit, quatre jours plus tard. Si elle le voulait bien, il lui présenterait Emma. Elle voulait tout ce qu’il voulait. Ni l’un ni l’autre n’imaginaient qu’ils allaient passer quatre nuits blanches submergées par le manque de l’autre. Quatre nuits où ils crieraient, tordraient leurs draps dans tous les sens, assassineraient leur matelas , pieds et mains en déroute. L’heure du rendez-vous arriva. Chacun   vit avec bonheur la mine déterrée de l’autre.</p>
<p>Emma n’est pas avec toi ?</p>
<p>Non, elle a préféré t’attendre à la maison.</p>
<p>Il avait au préalable, tracé à la craie un chemin sur le sol. Des fleurs, des lapins des petits  monstres se succédaient pour indiquer la direction. Chacun avait écrit un petit mot de bienvenue à l’intention de Sarah. L’immeuble où habitait Sam était une sorte de ruine. Sur cinq étages le vide faisait face au vide. Seul le vent manifestait par rafales, une présence désordonnée. Mais le sixième étage n’avait rien à voir les précédents. Les murs bleu étoilés d’or de la cage d’escalier annonçaient une autre vie. Sam poussa du pied une porte. Ils étaient chez lui. A première vue, cela ressemblait à un capharnaüm où objets bizarres, tableaux, livres, fruits et animaux sculptés se bousculaient tranquillement. A y regarder de plus près, il y avait là les prémisses d’une autre planète ouverte à toute forme de permissivité. Sam dit simplement : Sarah, je te présente Emma.</p>
<p>Sarah tourna la tête et elle vit. Sur un coussin émeraude phosphorescent de 20centimètres de long trônait une reine. Emma était une limace balinaise aux yeux d’un bleu plus profond que toutes les mers du sud. Elle mesurait moins de six centimètres de long, mais ici, elle était grande. A la seconde où Sam lui ouvrit la porte à Sarah sut qu’ ici elle était chez elle. Ils se déshabillèrent  et s’allongèrent sur lit. Sam la prit  dans ses bras. Il dit seulement. Emma est sur mon gros orteil droit, si tu le veux bien quand elle arrivera sur mon front, nous nous embrasserons. Le temps prit son temps et eux également. Au cours de la nuit, Sarah sentit quelque chose  qui ressemblait  à une caresse accompagnée  d’un long et aérien baiser sur la raie de ses fesses, c’était juste délicieux. Sam n’avait pas bougé. Plus tard, elle faillit crier. Son sexe était très délicatement aspiré, embrassé, caressé. Sam ne bougeait toujours pas. Manifestement, elle avait fait  connaissance d’Emma. Au-delà du plaisir éprouvé, elle voua une immense reconnaissance à ce garçon qui avait pour elle  ouvert la porte aux rêves de la nuit. Heureuse, elle se rendormit.</p>
<p><strong>De l’influence des géraniums sur le  cerveau humain</strong></p>
<p>Il y a quatre mois, Joe Sik décide qu’il doit coûte que coûte sortir de son sinistre isolement. En conséquence  il s’impose une sortie quotidienne de trois heures. Chaque fois qu’il rentre chez lui,  il trace une croix sur un calendrier épinglé dans la cuisine. Mais depuis 114 croix, il se heurte à un silence de plomb. Malgré ses nombreuses tentatives, personne ne lui  dit  bonjour, pas plus au revoir ou même …va te faire voir . Pourquoi aujourd’hui serait-il différent des 114 jours  qui l’ont précédé ? Pourquoi ne pas rester à la maison ?</p>
<p>Il a encore tout un  stock de sucreries, qu’il n’a pas entamées ? Non. Joe ne cédera pas à la facilité. Il ira même jusqu’à descendre à pied ses sept étages. Dehors le soleil est là. Cela peut être agréable, mais aussi un peu dangereux. Peut être doit-il remonter pour aller chercher sa casquette ? Finalement il s’élance d’un bon pas dans la Grand Rue noire de monde. C’est la première fois qu’il ose l’emprunter. Malgré l’affluence, personne ne bouscule personne. Les mères de famille parlent à leurs enfants, les amoureux à leurs amoureuses, les amis à leurs amis et rien d’autre. Dans un film vu récemment à la télévision, des gangsters obligeaient pistolet dans le bas des reins à l’appui, un passant à monter dans leur voiture. Economes de leurs moyens et de leur temps, ils n’en susurraient pas moins quelque mots décisifs à l’oreille de leur victime. D’accord ou pas cette dernière ne pouvait qu’acquiescer…. Aucun malfrat n’étant disposé à lui tenir compagnie, Joe doit changer de rue. Croire que là où les gens sont nombreux, ils sont plus enclins qu’ailleurs à s’adresser la parole est stupide. Très vite il trouve à s’échapper dans une petite rue résidentielle. Toutes les fenêtres revisités par une débauche de fleurs et plantes grimpantes sont à la fête. Peut être est-il seul à se promener dans cette rue, mais il ne peut s’empêcher de  trouver l’endroit sympathique. Deux cent mètres plus loin, l’impression est toujours aussi positive. Soudain, il entend un petit cri suivi d’un  « mon dieu » affolé. Et aussitôt un choc d’une violence inouïe lui percute le crâne. Son corps penche à gauche, à droite puis s’effondre au sol.</p>
<p>Lorsqu’il se réveille une jeune femme  est à son chevet. Elle a l’air terrifié : monsieur, monsieur, dites moi que vous n’êtes pas mort, je vous en supplie&#8230; Certes il est à moitié assomé,  son estomac n’en mène pas large mais enfin quelqu’un vient de lui adresser la parole. Il réprime  le sourire qui lui monte aux lèvres et demande qu’elle veuille bien lui dire ce qui s’est passé. Elle habite au 5<sup>ème</sup> étage de l’immeuble et  arrose ses plantes tous les jours. Soudain la voilà prise d’un violent éternuement, son bras  heurte un pot de géraniums. Déséquilibré ce dernier  franchit l’appui de la fenêtre. Avant d’arriver au sol, il rencontre le crane de Joe Sik et éclate en morceaux. Elle est désolée de faire sa connaissances dans des circonstances aussi peu amicales, elle s’appelle Eloïse Flamant,  enseigne d’espagnol et chante dans la chorale de son quartier. Doit-elle appeler une ambulance ? Si Joe le souhaite il peut monter se reposer chez elle un instant. Il refuse  et réussit même à se mettre debout sans  s’appuyer sur la main qu’elle lui tend. Elle  lui laisse sa carte.</p>
<p>Joe Sik rentrera chez lui à pied. Sa tête pourrait bien exploser d’un moment à l’autre, mais ce n’est pas très grave. Il  repasse par la Grand Rue. Un jeune garçon en patinette le bouscule et lui demande pardon. Quelques mètres plus loin une jeune fille demande s’il n’a pas une cigarette, un poivrot le bouscule avant de quémander une petite pièce. Joe l’aidera à rester propre. Sans presser le pas, il rentre chez lui. Quelle belle journée ! Une énorme bosse à la base de son crâne est là pour lui en rappeler la réalité. Aujourd’hui il ne tracera pas la cent quinzième croix. Le lendemain quand il se réveille, Il n’a presque plus mal à la tête, mais sa bosse est toujours là. Il n’a pas rêvé, il a bien reçu un pot de géraniums sur la tête. Il imagine un entrefilet dans la presse locale : « Joe Sik pilote de chasse pendant la dernière guerre  a été agressé par un pot de géraniums . Il est heureusement sorti indemne de ce malheureux accident ». Maintenant il imagine ce qu’a  ressenti Héloïse Flamant à son réveil… Elle doit être morte d’inquiétude. Trois heures plus tard, il est dehors. Il marche dans la ville sans savoir vraiment où il va, Il a plutôt l’impression de tourner en rond que d’avancer. Pourquoi se retrouve-t-il, un pot de géraniums à la main devant l’entrée de l’immeuble où habite Eloïse Flamant ? Il ne saurait le dire. Il sonne à l’interphone. Soit elle est encore en cours, soit elle est sortie faire des courses…</p>
<p>Elle est là. Il lui explique brièvement qu’il est venu s’excuser. Elle ne comprend rien à ce qu’il dit. Elle dit simplement : montez. Quand il arrive à l’étage elle est sur le pas de sa porte. Son visage est encore rongé par l’inquiétude.</p>
<p>-       Ça ne va pas ?</p>
<p>-       Ça va très bien !</p>
<p>-       Mon dieu votre bosse, vous avez mis quelque chose dessus ?</p>
<p>-       Non.</p>
<p>Elle se précipite dans sa salle de bain en revient avec un flacon d’arnica et du coton. Joe est assis et elle debout derrière sa chaise. Pour la dérider il lui explique qu’il est revenu pour s’excuser d’avoir endommagé son pot de géraniums. Elle ne le croit pas. Alors il a le courage de lui dire qu’il est revenu pour voir à nouveau son beau visage se pencher vers le sien. Mais  il faut qu’elle ait une raison objective de le faire. C’est pour cela  qu’il est revenu avec un pot de géraniums. Elle ne comprend toujours pas ce qu’il attend d’elle. C’est pourtant très simple, il va redescendre dans la rue et quand il lui fera signe elle lancera le pot dans le vide… ensuite elle descendra, il l’attendra allongé sur le trottoir. Héloïse est blême. Une seconde elle se demande  si ce n’est pas la mort que cet homme recherche. Non, il ne la regarderait pas avec ces yeux là. Il pose les géraniums sur la table puis se dirige vers la porte. Comme convenu, elle lance le pot. Aucun son ne sort de sa bouche à elle, mais quelques secondes plus tard, elle l’entend hurler…puis plus rien. Ses jambes ont du mal à la porter, mais elle a promis.</p>
<p>Il est allongé par terre sans connaissance. Son visage est maculé de sang,  elle ne le reconnait pas … et pour cause, ce n’est pas lui. Lui est à genoux à côté d’un mendiant qui a voulu lui voler son portefeuille et que dieu a manifestement puni.</p>
<p><strong>Elle lui a fait male</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Emily  n’a pas 13 ans quant Jane, sa tante chérie, épouse en premières noces Brad Pott, chercheur en biologie de l’université de Camsford.  Emily n’a jamais vu un homme aussi beau. Chaque fois que Brad lui adresse la parole, Emily se met à trembler, à rougir et pire à bégayer. La veille du mariage, l’élu lui présente John son plus jeune frère. Il est aussi beau que Brad et il n’a que 14 ans. John embrasse Emily sur les deux joues. Elle sent le sol se dérober sous ses pas. Le garçon la rattrape in extremis, la fait asseoir sur le canapé du salon et lui offre  un verre d’eau fraîche. Il laisse passer quelques minutes, le temps que le rose revienne aux joues d’Emily  et se moque sans retenue de la petite nature qu’il vient de secourir. Furieuse, humiliée, elle saisit son  bras gauche et le mord jusqu’au sang. Lui serre les dents. Il ne criera pas, mais quand Emily voit deux grosses larmes glisser sur ses joues, elle s’arrête. Il se lève, furieux, perdu. Il quitte la pièce en courant. Emily soupire. Peut être pourront-ils faire la paix demain, à moins que son bras enfle si fort que l’on soit obligé de l’hospitaliser et ensuite de l’amputer.</p>
<p>Le lendemain, avec un réel bonheur Jane dit oui à Brad Tous les invités, famille proche, comme connaissances lointaines ont le sentiment de vivre un moment d’harmonie exceptionnel. La nature semble également partie prenante de cette relation inouïe où les sentiments paraissent plus forts que tout. Emily comme les autres demoiselles d’honneur porte une robe en taffetas rose surmontée d’un col Claudine blanc. Avec ses longues boucles blondes qui encadrent  ses tâches de rousseur,  elle ressemble à une  fée . Avant le lunch  elle joue à chat perché avec d’autres enfants  portés comme elle par la grâce de l’instant . John est peut être la seule personne à se tenir en retrait de le fête. Sans le faire le moins du monde exprès, Emily occupée à poursuivre une petite camarade, le heurte de plein fouet. Elle rougit, s’excuse. Lui le regard mauvais lui saisit brutalement le bras  et à voix basse lui dit : stupide idiote, je suis sûr que tu aurais maintenant beaucoup de plaisir à me mordre l’autre bras .N’est-ce pas ?</p>
<p>Emily est confuse. Elle bredouille, secoue la tête. Pour rien au monde elle ne referait la même bêtise qu’hier. Elle comprend qu’il ne soit pas content. Elle est prête à faire tout ce qu’il veut pour se faire pardonner. John a un sourire mauvais : pourquoi pas. Il va réfléchir et reviendra vers elle avant une heure. Une demie -heure plus tard, Emily sent la présence de John dans son dos. Il se rapproche, se colle à elle. …Chére Emily  tu vas faire quelques pas et aller te cacher derrière le gros arbre au fond du jardin. Je viendrai te rejoindre et si tu le veux bien je t’embrasserai sur la bouche. Emily ne comprend pas très bien, pourquoi John use d’un ton si menaçant  pour lui proposer quelque chose qui ne devrait plutôt être agréable, mais il est si beau. .. Elle arrive la première derrière l’arbre. John la rejoint  quelques minutes plus tard. Il a la main un sac en toile qu’il pose par terre. Il approche son visage du sien. Emily est très  émue. Il pose ses lèvres sur celles d’Emily…. Elle le serre dans ses bras, fort, fort. Il se détache bientôt mais sans brutalité. Il lui dit : maintenant fermes les yeux. Ses lèvres sont à nouveau sur les siennes, sous leur pression elle entre- ouvre la bouche et… aussitôt un liquide gluant saumâtre envahit sa gorge, elle étouffe. Le garçon recule de quelques pas, pour mieux profiter de son désarroi. Pour toi j’ai assassiné un vilain crapaud qui vivotait dans la marre d’à côté et j’ai bu son sang à ta santé, mais comme je ne suis pas égoïste, j’ai gardé quelques gouttes pour toi au fond de ma bouche. Te voilà complice d’un assassin. Désormais chaque fois que tu embrasseras un garçon tu penseras à moi….quand tu seras une vieille femme trop moche pour être embrassée, tu penseras encore à moi. Emily ferme à nouveau les yeux. Elle folle de rage mais il ne faut pas qu’il s’en aperçoive. Après quelques secondes de silence elle dit :</p>
<p>-       je suis d’accord pour que nous enterrions ensemble le crapaud qui est dans ton sac.</p>
<p>-       Non , non, je préfère le faire tout seul. Emily se saisit alors du sac, à l’intérieur elle y trouve un assortiment de légumes pourris mélangés à un peu de terre baignant dans du  sirop de grenadine.</p>
<p>John est vert. Emily se penche sur lui : tu vas aller te rincer la bouche et ensuite tu m’embrasseras autant de fois que j’en aurais envie.</p>
<p>Trop content de ne pas être soumis à un châtiment plus sévère, le garçon obtempère. Emily sent sur sa bouche la promesse d’une douceur à venir. Elle éclate de rire. Maintenant les invités les regardent avec une bienveillance attendrie… Une femme qui ne manque pas d’expérience assène : ces deux là je ne donne pas dix ans avant qu’on les marie…</p>
<p><strong>Viol en couleur</strong></p>
<p>Julie Beauté est belle, jeune, blonde. Très vite, elle est devenue «  Julie comme son nom l’indique » une personne  aimable et drôle, ne prêtant guère attention aux facéties concernant son identité. «  L’important est qu’à l’intérieur de moi-même, je ne sois pas trop souvent Julie mocheté,   une femme égoïste fermée à la vie ». A certains moments, elle se trouve bornée, mesquine, presque stupide, à d’autres moments elle s’apprécie un peu plus. Ainsi avance-t-elle, plutôt lucide et courageuse, sans la moindre affectation. Elle mesure un mètre quatre vingt un et a fait le choix d’enseigner aux tout petits plutôt que de profiter de sa taille pour jouer aux championnes de basket-ball. Ses élèves de l’école primaire la trouvent merveilleuse. Elle n’hésite pas à les prendre dans ses bras, à les lancer en l’air ou à sauter très haut avec eux ; ainsi  elle leur offre des points  de vue multiples sur le monde qui les mettent en joie. Ils apprécient également sa façon de s’habiller colorée et joyeuse. A de très rares occasions, elle s’habille en gris, ces jours là, ils s’efforcent de ne pas  lui poser  trop de  problèmes.</p>
<p>Le jour de la fête nationale, quelques uns de ses petits amis  ont  rendez vous avec elle pour  voir le défilé. Pour la circonstance, elle porte un pantalon  vert bouteille et un pull over rouge vif. Ensemble, ils ont acclamé, applaudi, dit des bêtises et quand le dernier régiment d’infanterie eut disparu à l’horizon, ils  étaient tous prêts à participer au dernier évènement de la journée : le lâcher de ballons. Sur tout le trajet du défilé, des employés municipaux distribuent des ballons multicolores et bientôt le ciel devint jaune, vert, rose, selon les endroits. A un moment, un jeune homme s’arrête devant Julie. « Mlle  comme son nom l’indique, pour moi vous êtes la plus belle et je veux que tout le monde le sache ». Et il lui tend une corde accrochée à quatre énormes ballons gonflés à l’hélium.  Julie lui fait un sourire magnifique et s’empare de la corde. Elle fait deux tours sur elle-même pour assurer sa prise, plie légèrement les genoux,  et s’élance.Très  vite, elle se retrouva à évoluer au dessus des immeubles.</p>
<p>Pour progresser, elle doit, avec les bras comme avec les jambes,  écarter  les petits ballons qui se trouvent dans son sillage. Ainsi elle avance au gré de sa fantaisie, toute à la joie de pouvoir jouer avec les couleurs  du ciel. Au sol, bien au-delà des enfants et adultes qui la connaissent, tous sont subjugués. Les photographes de presse sont ravis. Le lendemain, Julie qui était redescendue sans encombre sur la terre ferme, arrive, comme d’habitude aves quelques minutes d’avance à l’école. Une dizaine de ses élèves l’attendent. Montés sur un tabouret, deux d’eux sont en train de punaiser au mur la une du journal le  plus lu du  pays. On y voit Julie dansant en majesté au dessus des immeubles. Un journaliste inspiré a titré : une fête nationale de très haut niveau ! Elle est la grâce incarnée, un rêve offert à tous, une autre façon de dire que la générosité et le plaisir de l’instant peuvent encore être très largement partagés. Les élèves de Julie sont aux anges. Avec une pareille maîtresse, ils sont prêts à défier la terre entière. Julie sourit, rit , pourtant elle sent confusément qu’il y a un problème. Ce n’est  pas le fait d’être redescendue sur terre qui la perturbe, bien au contraire, elle est heureuse d’être là parmi ces petits lutins qui ne demandent qu’à  partir à la découverte d’autres mondes. Pourquoi a- t- elle soudain l’impression d’avancer au bord du vide ? Elle regarde une nouvelle fois la photo et elle comprend. A la une du journal elle porte un pull over et un pantalon bleu vif assortis à la couleur de ses yeux. Elle n’a bien sûr rien contre la couleur bleue, mais, hier, elle portait un pull over rouge vif et un pantalon vert olive.</p>
<p>Elle fait sa classe comme d’habitude, mais plus l’heure tourne plus elle a de mal à respirer. La nuit tombe. Elle quitte l’école. Elle ne peut pas rentrer chez elle, elle ne peut pas aller se promener comme si de rien n’était. Pourquoi ne pas aller au siège du journal qui avait publié la photo ? elle s’ y rend en moins d’un quart d’heure. Le planton de service la toise d’un œil connaisseur avant de lui demander ce qu’elle veut.</p>
<p>« -Je veux parler au rédacteur en chef. »</p>
<p>L’homme ne demande aucune explication. Il décroche son téléphone et Julie l’entend murmurer : monsieur, il y a une très jolie fille qui souhaite vous voir. L’autre répond aussitôt :</p>
<p>-       Qu’elle monte.</p>
<p>-       5<sup>ème</sup> étage , 2<sup>ème</sup> porte à droite en sortant de l’ascenseur.</p>
<p>-       Non seulement la porte du bureau est ouverte mais le rédacteur en chef l’attend sur le seuil. Il a la cinquantaine rougeaude, un nœud papillon et l’œil dévastateur. En moins de deux secondes, Julie comprend qu’il la trouve comestible. Il l’écoute cependant sans l’interrompre. Quand elle eut fini, il plante ses yeux dans les siens et lui explique posément, qu’il ne met absolument pas en doute le fait qu’elle ait porté la veille un pantalon vert bouteille et un pull over rouge. Il lui remet la une du journal sous les yeux . Quelle est la couleur du pantalon de cette femme ? ….bleu. Très bien. Quelle est la couleur du pull over de cette femme ? bleu. CQFD .</p>
<p>-       Vous portiez un pantalon vert, un pull rouge, donc vous  n’êtes pas la femme qui a été prise en photo hier. Vous ne me croyez pas ? très bien . Le photographe qui a pris ce cliché connait personnellement la femme suspendue à ces quatre ballons… elle s’appelle Raymonde. Je vous l’accorde Julie est un plus joli prénom… mais par ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait notre une sur le sujet. Il aligne trois autres une sur son bureau. Comment expliquez vous que sur toutes les photos le pull et le pantalon de la jeune femme qui pourrait éventuellement vous ressembler, soit bleu. Ma chère Julie vous avez rêvé, je dis bien rêvé. Mais, mais cela ne signifie nullement que vous manquiez d’intérêt….voulez vous dîner avec moi ce soir ?</p>
<p>Julie se retient de lui bondir dessus et de le gifler. Vous dites que j’ai rêvé ?</p>
<p>Le regard de l’homme ne laisse planer aucun doute. Il est prêt à la renverser sur son canapé. Julie     lui fait  un sourire ensorcelant.</p>
<p>-Vous permettez que je me mette à l’aise ? »</p>
<p>Sans attendre sa réponse, elle défait le 1<sup>er</sup> bouton de son pantalon, tire la fermeture éclair. Le pantalon descend sur ses chevilles. Elle s’accroupit  au milieu du bureau. Le jet de son urine se répand aussitôt sur le simili tapis persan. Médusé le rédacteur  en chef la regarde. Il est incapable de faire un geste.</p>
<p>Elle, très calme se rhabille et à son tour plante ses yeux dans ceux de l’homme. Si quelqu’un vous demande qui a eu l’audace de pisser dans votre bureau vous répondrez : «  personne n’a uriné dans mon bureau, vous avez rêvé, je dis bien rêvé ». Et si l’indélicat insiste vous lui direz sous le sceau du secret  qu’elle s’appelle Raymonde.</p>
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<p>Il avalait toutes les 10 minutes une pastille pour la toux. Ainsi pensait-il pouvoir  faire face au déchirement de la vie.</p>
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<p>A tout moment, en tout point de la planète, tout peut arriver.</p>
<p>Tout peut basculer dans l’horreur comme dans l’extrême douceur.</p>
<p>C’est terrible, on n’est à l’abri de rien, pas même  de la vie.</p>
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<p><strong>Franchir le Rubicon</strong></p>
<p>Lola a 8 ans. Cette semaine, elle a eu 6 en arithmétique.</p>
<p>Sa mère a dit : elle est objectivement en retard de deux ans.</p>
<p>Oui, mais elle s’améliore un peu a fait remarquer son père.</p>
<p>Pas assez pour<strong> </strong>qu’on puisse lui dire que sa chère grand-mère est morte.</p>
<p>Ils lui ont raconté qu’elle était partie pour un long voyage.</p>
<p>Elle est  beaucoup trop jeune pour savoir que ce  voyage là est sans retour.</p>
<p>Trop jeune aussi pour avoir de l’argent de poche, pour sortir seule dans la rue, pour prendre la parole  pendant les repas, pour lire dans son lit après dix neuf heures.</p>
<p>En vérité, Lola  est assez vieille  pour apprendre à souffrir. Mais plus vite que deux et deux font quatre, elle a appris la colère. Celle qui n’accepte pas le règne de la bêtise triomphante.</p>
<p>Elle ne supporte pas de voir pleurer son grand père. Elle a juré à ses doigts de pied, qu’elle ferait revenir le sourire sur ses lèvres. Son anniversaire qui aura lieu dans un mois pourrait bien lui en donner l’occasion.</p>
<p>Ce Dimanche là, Lola est  autorisée à traverser la rue toute seule pour aller chercher son  grand père qui habite  en face de sa fille Simone. Il ouvre la porte, soulève Lola de terre et la serre très fort dans ses bras. Elle en profite pour chuchoter à son oreille des mots qui sentent la rosée, des mots qui chatouillent l’âme. Lui du fond de son désert boit les paroles de sa petite fille. Il tangue légèrement puis  remonte à la surface du temps présent. Il est prêt à affronter les lions et les veaux et à dire autant de bêtises qu’il va en entendre. Lola est son allié. Les doigts de l’enfant inventent des étoiles bleues qui vont caresser le ciel.</p>
<p>Ils sont 18 autour de la table dont 16 personnes autorisées à dire n’importe quoi et à offrir un cadeau d’anniversaire à Paul, juste avant le dessert. Paul aime les romans,  la musique, les voyages et encore plus que tout, les surprises. Justement pour lui changer la tête, toutes ces bonnes âmes  lui offrent des choses qui ne le concernent pas. Entre autres, un abonnement de deux ans au club  de golf le plus chic de la ville. Paul remercie tout le monde poliment. Lorsqu’il croise le regard de Lola il dit : « Ma chérie ta présence autour de cette table est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire » Lola est heureuse, pas les autres convives. Pire, elle a l’audace d’ouvrir la bouche. Elle crie :  « Paul moi aussi , j’ai un cadeau pour toi »</p>
<p>Simone tape sur la table : « Lola ça suffit, restes à ta place » Justement Lola se lève, elle a sorti un paquet cadeau rouge de dessous la table. Elle le remet à Paul. D’une main  il ouvre le paquet. Ses gestes sont aussi sûrs que lents. Dans son autre main il tient la menotte  de sa petite fille. Sous le papier cadeau, un premier carton avec un couvercle.</p>
<p>Dans le carton un étui en velours rouge, dans l’étui un papier de soie. A l’intérieur, deux magnifiques boucles d’oreille en argent supportant une grappe de faux rubis brillant de tous leurs feux. Elles sont magnifiques dit Paul très ému. Il se lève, fait face à l’assistance. «  Si vous  le permettez Lola va m’accompagner à la maison. C’est  elle qui choisira la robe la mieux assortie à ces magnifiques boucles d’oreille. Nous reviendront ensuite parmi vous pour que ayez la possibilité d’admirer u n homme de 80 ans portant pour la première fois de sa vie une robe de soirée. J’espère que vous aurez  l’élégance d’applaudir ma petite fille avant qu’elle ne quitte cette pièce en ma compagnie ». Simone ma chère fille, c’est à toi d’ouvrir le ban. Simone très pâle se lève, sa main gauche vient effleurer sa main droite, son mari la suit et après quelques secondes de flottement,  les autres convives les imitent .Ils tapent, tapent de plus en plus fort dans leurs mains. Paul droit comme un i  sort de la pièce, sa petite fille chérie à son bras.</p>
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<p><strong>Sam, Sarah, le temps leur appartient</strong></p>
<p>A chaque pas, elle inventait sa route. Sarah Aleka n’était encore qu’une vague silhouette avançant le long de l’avenue quand l’étudiant Sam Grégaire, assis à la terrasse d’un café mit un point final à la dissertation commencée,  trois heures plus tôt. Il leva le nez et la vit… Etait-il possible d’exister avec autant de grâce de liberté ?  Chacun de ses mouvements affirmait que la vie  était d’abord bonheur, découverte, intelligence . Une fois pour toutes, elle avait décidé de faire confiance . Certains la disaient naïve, elle était seulement  ouverte à toutes les propositions sincères, même si déraisonnables. Maintenant,  elle n’était plus qu’à deux ou trois mètres de la terrasse du café. Tel un  somnambule Sam se leva. Il n’avait bu que du café mais sa démarche n’était guère assurée. Son pied heurta une chaise. Il s’affala de tout son long. Sarah fut tentée d’en rire, mais le pauvre garçon avait, dans sa chute, aussi déchiré son pantalon. Il se releva cependant très vite et gêné. Elle commanda deux cognacs. L’alcool le réchauffa et le calma. Il prit le temps de chavirer, de remonter à la surface, de plonger à nouveau entre ses lèvres entre ses seins et ailleurs. Elle lui dit qu’elle pouvait se déshabiller sur place, s’il en avait envie. Il répondit qu’il voulait la regarder sous tous les angles possibles, mais qu’il n’était pas pressé. A son tour, il lui offrit un cognac. Ils trinquèrent. Sam ouvrit la bouche, mais rien ne sortit. Alors elle s’endormit et Sam ne cessa de la regarder, fasciné. Quelques heures plus tard elle ouvrit les yeux. Sam relisait sa  dissertation. A son tour elle le regarda faire. Quand il leva à nouveau le nez leurs yeux se rencontrèrent. Il ouvrit à nouveau la bouche : je voudrais vous demander la permission de prendre votre gros orteil gauche dans ma bouche.</p>
<p>Sarah trouva la proposition réjouissante. Souhaitait &#8211; il le faire ici tout de suite ou plus tard ? Avant qu’il prenne une décision, elle voulait seulement qu’il sache qu’elle avait la peau particulièrement tendre et goûteuse. Il faudrait donc, s’il avait un peu d’amitié pour elle, qu’il ne succombe pas trop rapidement à la gourmandise sinon il risquait de se retrouver avec un petit tas d’os à ronger et une immense nostalgie. Sam acquiesça.Il lui  donna rendez-vous au même endroit, quatre jours plus tard. Si elle le voulait bien, il lui présenterait Emma. Elle voulait tout ce qu’il voulait. Ni l’un ni l’autre n’imaginaient qu’ils allaient passer quatre nuits blanches submergées par le manque de l’autre. Quatre nuits où ils crieraient, tordraient leurs draps dans tous les sens, assassineraient leur matelas ,pieds et mains en déroute. L’heure du rendez-vous arriva. Chacun   vit avec bonheur la mine déterrée de l’autre.</p>
<p>Emma n’est pas avec toi ?</p>
<p>Non, elle a préféré t’attendre à la maison.</p>
<p>Il avait au préalable, tracé à la craie un chemin sur le sol. Des fleurs, des lapins des petits  monstres se succédaient pour indiquer la direction. Chacun avait écrit un petit mot de bienvenue à l’intention de Sarah. L’immeuble où habitait Sam était une sorte de ruine . Sur cinq étages le vide faisait face au vide. Seul le vent manifestait par rafales, une présence désordonnée. Mais le sixième étage n’avait rien à voir les précédents. Les murs bleu étoilés d’or de la cage d’escalier annonçaient une autre vie. Sam poussa du pied une porte. Ils étaient chez lui. A première vue, cela ressemblait à un capharnaüm où objets bizarres, tableaux, livres, fruits et animaux sculptés se bousculaient tranquillement. A y regarder de plus près, il y avait là les prémisses d’une autre planète ouverte à toute forme de permissivité. Sam dit simplement : Sarah, je te présente Emma. Sarah tourna la tête et elle vit. Sur un coussin émeraude phosphorescent de 20centimètres de long trônait une reine. Emma était une limace balinaise aux yeux d’un bleu plus profond que toutes les mers du sud. Elle mesurait moins de six centimètres de long, mais ici, elle était grande. A la seconde où Sam ouvrit la porte à  Sarah, elle sut qu’elle était ici chez elle. Ils se déshabillèrent  et s’allongèrent sur lit. Sam la prit  dans ses bras. Il dit seulement. Emma est sur mon gros orteil droit, si tu le veux bien quand elle arrivera sur mon front, nous nous embrasserons. Le temps prit son temps et eux également. A un moment, Sarah sentit quelque chose  qui ressemblait  à une caresse accompagnée  d’un long et aérien baiser sur la raie de ses fesses, c’était juste délicieux. Sam n’avait pas bougé. Plus tard, elle faillit crier. Son sexe était très délicatement aspiré, embrassé, caressé. Sam ne bougeait toujours pas. Manifestement, elle avait fait  connaissance d’ Emma. Au-delà du plaisir éprouvé, elle voua une immense reconnaissance à ce garçon qui avait pour elle  ouvert la porte aux rêves de la nuit. Elle se rendormit.</p>
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<p><strong>De l’influence  des géraniums sur le  cerveau humain</strong></p>
<p>Un jour il a dit : ça suffit. Il ne restera plus chez lui, pendant de longues semaines sans avoir le moindre échange avec ses semblables. Joe Sik décide de s’imposer une sortie quotidienne de 180 minutes. Désormais chaque fois qu’il rentre chez lui,  il trace une croix sur un calendrier épinglé dans la cuisine. Mais depuis 114 croix, il se heurte à un silence de plomb. Malgré ses nombreuses tentatives, personne ne lui  dit  bonjour, pas plus au revoir ou même …va te faire voir . Pourquoi aujourd’hui serait-il différent des 114 jours  qui l’ont précédé ? Pourquoi ne pas rester chez lui.</p>
<p>Il a encore tout un  stock de sucreries, qu’il n’a pas entamées ? Non. Joe ne cédera pas à la facilité. Il ira même jusqu’à descendre à pied ses sept étages. Dehors le soleil est là. Cela peut être agréable, mais aussi un peu dangereux. Peut être doit-il remonter pour aller chercher sa casquette ? Finalement il s’élance d’un bon pas dans la Grand Rue noire de monde. C’est la première fois qu’il ose l’emprunter. Malgré l’affluence, personne ne bouscule personne. Les mères de famille parlent à leurs enfants, les amoureux à leurs amoureuses, les amis à leurs amis et rien d’autre. Dans un film vu récemment à la télévision, des gangsters obligeaient pistolet dans le bas des reins à l’appui, un passant à monter dans leur voiture. Economes de leurs moyens et de leur temps, ils n’en susurraient pas moins quelque mots décisifs à l’oreille de leur victime. D’accord ou pas cette dernière ne pouvait qu’acquiescer…. Aucun bandit n’étant disposé à lui tenir compagnie, Joe doit changer de rue. Croire que là où les gens sont nombreux, ils sont plus enclins qu’ailleurs à s’adresser la parole est stupide. Très vite il trouve à s’échapper dans une petite rue résidentielle. Tous les balcons et fenêtres revisités par une débauche de fleurs et plantes grimpantes sont à la fête. Peut être est-il seul à se promener dans cette rue, mais il ne peut s’empêcher de  trouver l’endroit sympathique .… Deux cent mètres plus avant, l’impression est toujours aussi positive. Soudain, il entend un petit cri suivi d’un  « mon dieu » affolé. Et aussitôt un choc d’une violence inouïe lui percute le crâne. Son corps penche à gauche, à droite puis s’effondre au sol.</p>
<p>Lorsqu’il se réveille une jeune femme  est à son chevet. Elle a l’air terrifié : monsieur, monsieur, dites moi que vous n’êtes pas mort, je vous en supplie&#8230; Certes son crâne est au bord de l’explosion,  son estomac n’en mène pas large mais enfin quelqu’un vient de lui adresser la parole. Il réprime  le sourire qui lui monte aux lèvres et demande qu’elle veuille bien lui dire ce qui s’est passé. Elle habite au 5<sup>ème</sup> étage de l’immeuble et  arrose ses plantes tous les jours. Soudain la voilà prise d’un violent éternuement, son bras  heurte un pot de géraniums. Déséquilibré ce dernier  franchit l’appui de la fenêtre.</p>
<p>Avant d’arriver au sol, il rencontre le crane de Joe Sik et éclate en morceaux. Elle est désolée de faire sa connaissances dans des circonstances aussi peu amicales, elle s’appelle Eloïse Flamant,  enseigne d’espagnol et chante dans la chorale de son quartier. Doit-elle appeler une ambulance ? Si Joe le souhaite il peut monter se reposer chez elle un instant. Il refuse  et réussit même à se mettre debout sans  s’appuyer sur la main qu’elle lui tend. Elle  lui laisse sa carte.</p>
<p>Joe Sik rentrera chez lui à pied. Sa tête pourrait bien exploser d’un moment à l’autre, mais ce n’est pas très grave. Il  repasse par la Grand Rue. Un jeune garçon en patinette le bouscule et lui demande pardon…. Quelques mètres plus loin une jeune fille l’arrête pour qu’il lui donne une cigarette, un poivrot le bouscule avant de quémander une petite pièce. Joe l’aidera à rester propre. Sans presser le pas, il rentre chez lui. Quelle belle journée ! Une énorme bosse à la base de son crâne est là pour lui en rappeler la réalité. Aujourd’hui il ne tracera pas la cent quinzième croix. Le lendemain quand il se réveille, Il n’a presque plus mal à la tête, mais sa bosse est toujours là. Il n’a pas rêvé, il a bien reçu un pot de géraniums sur la tête. Il imagine un entrefilet dans la presse locale : « Joe Sik pilote de chasse pendant la dernière guerre  a été agressé par un pot de géraniums . Il est heureusement sorti indemne de ce malheureux accident ». Maintenant il imagine ce qu’a  ressenti Héloïse Flamant à son réveil… Elle doit être morte d’inquiétude. Trois heures plus tard, il est dehors. Il marche dans la ville sans savoir vraiment où il va, Il a plutôt l’impression de tourner en rond que d’avancer. Pourquoi se retrouve-t-il, un pot de géraniums à la main devant l’entrée de l’immeuble où habite Eloïse Flamant ? Il ne saurait le dire. Il sonne à l’interphone. Soit elle est encore en cours, soit elle est sortie faire des courses…</p>
<p>Elle est là. Il lui explique brièvement qu’il est venu s’excuser. Elle ne comprend rien à ce qu’il dit. Elle dit simplement : montez. Quand il arrive à l’étage elle est sur le pas de sa porte. Son visage est encore rongé par l’inquiétude.</p>
<p>-          Ça ne va pas ?</p>
<p>-          Ça va très bien !</p>
<p>-          Mon dieu votre bosse, vous avez mis quelque chose dessus ?</p>
<p>-          Non.</p>
<p>Elle se précipite dans sa salle de bain en revient avec un flacon d’arnica et du coton. Joe est assis et elle debout derrière sa chaise. Pour la dérider il lui explique qu’il est revenu pour s’excuser d’avoir endommagé son pot de géraniums. Elle ne le croit pas. Alors il a le courage de lui dire qu’il est revenu pour voir à nouveau son beau visage se pencher vers le sien. Mais  il faut qu’elle ait une raison objective de le faire. C’est pour cela  qu’il est revenu avec un pot de géraniums. Elle ne comprend toujours pas ce qu’il attend d’elle. C’est pourtant très simple, il va redescendre dans la rue et quand il lui fera signe elle lancera le pot dans le vide… ensuite elle descendra, il l’attendra allongé sur le trottoir. Héloïse est blême. Une seconde elle se demande  si ce n’est pas la mort que cet homme recherche. Non, il ne la regarderait pas avec ces yeux là. Il pose les géraniums sur la table puis se dirige vers la porte. Comme convenu, elle lance le pot. Aucun son ne sort de sa bouche à elle, mais quelques secondes plus tard, elle l’entend hurler…puis plus rien. Ses jambes ont du mal à la porter, mais elle a promis.</p>
<p>Il est allongé par terre sans connaissance. Son visage est maculé de sang,  elle ne le reconnait pas … et pour cause, ce n’est pas lui. Lui est à genoux à côté d’un mendiant qui a voulu lui voler son portefeuille et que dieu a manifestement puni.</p>
<p>« -Héloïse … je veux bien que vous m’offriez un café »</p>
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<p><strong>Homme mur bien frappé</strong></p>
<p><strong> </strong>A la sortie de l’école, les plus jeunes comme les plus vieux pissent dessus, les plus romantiques écrivent des messages d’amour, les plus révoltés  gravent des messages de haine. Lui , le mur ne dit rien, parce que l’on n’a jamais vu un mur prendre la parole. Comme les autres gamins Bill Deemoon, douze ans et mangé par les tâches de rousseur fréquente  le mur. Sauf que lui, attend sagement que les autres soient partis pour s’approcher. Il colle alors  son oreille contre la pierre et tout ce que le mur a capté depuis des années, reprend vie dans le plus grand désordre. Secrets de polichinelle , serments d’amour , cris de haine, gauloiseries, obscénités , turpitudes extrêmes, poésie sans souci, tragédies du temps qui passe, blagues à deux sous, érotisme sous le manteau, tout est là. La vulgarité à l’état pur converse  avec le charme des années innocentes ; la plus grande fragilité  avec l’appétit de la vie.</p>
<p>Un jour l’oreille de Tom croit sentir une tension inédite au cœur même de la pierre.  il a l’impression que le mur se rétracte, comme s’il se préparait à devenir sourd. Le lendemain et le sur lendemain l’impression se précise. Maintenant il n’y a aucun doute le mur gémit. Tom décide de revenir un peu plus tard  à l’heure où d’habitude, lui comme ses petits camarades insultent  la littérature en racontant pour la nième fois qu’ils ont passé des vacances aussi passionnantes qu’instructives chez leur très chère grand –mère.</p>
<p>La nuit est en train de tomber, mais Tom décide de se fier à ses mains. Après avoir parcouru un tiers de la surface, il sent qu’il se rapproche d’un point de tension extrême. Il avance un doigt, deux doigts et les retire aussi vite. Il a du sang sur la main. Il  crie très fort mais  aucun son ne sort de sa bouche. … Dans une demie heure sa mère va frapper à la porte de sa chambre pour l’inviter à passer à table. Il faut donc qu’il rentre très vite . Il a du mal à mettre une jambe devant l’autre, mais il ne sera pas en retard. Après le dîner, comme tous les autres soirs il  va se coucher.</p>
<p>Une heure et demie plus tard, Tom ouvre la fenêtre de sa chambre  située au rez &#8211; de-  de chaussée de  l’immeuble et se retrouve  sans encombre dans la rue. Cette fois, la nuit est bien là et la lune illumine le mur. Soudain à  quelques  mètres, il aperçoit un homme. Sa tête ressemble à un cauchemar ridé. Il enlève sa chemise et se  met à courir. L’homme accélère, d’ici peu il va se fracasser contre le mur. L’enfant crie. Et cette fois le son qu’il produit est énorme. L’homme stoppe net, il est à moins de deux centimètres. Il se tourne vers Tom éberlué.  L’enfant  colle alors son oreille sur la paroi. Ce qu’il entend le rassure. Son ami le mur ne gémit plus. Il invite l’homme  à l’imiter. Manifestement lui aussi entend et enfin se détend. A l’intérieur du mur ça gazouille aussi fort que cela criait et beuglait il y a peu. La tempête danse avec les tigres et les fées jouent sans vergogne du couteau. Ce monde là est aussi dangereux qu’un rêve de tendresse. Comme le jambon, la vie est tranchée, mais pas que d’un seul côté. Si on le veut bien, on aura toute liberté de danser et de rire … Mauvaise nouvelle ?</p>
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<p><strong>Esthétique de vie</strong></p>
<p>Blanche vient d’avoir 78 ans. Elle habite à plus de 3000 mètres d’altitude, là où la neige ne fond jamais. Elle ne pourrait pas habiter ailleurs. Seule la couleur blanche a grâce à ses yeux. Chaque jour à l’heure du goûter elle déguste un grand bol de chocolat… blanc  bien entendu.</p>
<p>Cet après-midi là, elle entend un bruit inhabituel, quelqu’un frappe à sa porte… Elle va ouvrir…et se retrouve face à  un immense ours brun. Debout, les narines frémissantes, il attend. Après quelques secondes d’hésitation, Blanche lui fait signe d’entrer. Elle lui verse un demi-litre de chocolat tiède dans une marmite. L’ours se délecte, la regarde intensément, puis prend congé. Le lendemain, comme tous les autres jours, elle procède au même rituel. Personne ne vient la déranger. Le surlendemain, à l’heure du goûter, quelqu’un frappe de nouveau à sa porte. Son coeur bat très fort. Elle ouvre. Un ours est là dans l’encadrement de la porte, mais cette fois, il est blanc. Magnifique. Lui aussi sera autorisé à se régaler.  Derrière l’ours blanc  dégustant son chocolat blanc, elle aperçoit par la baie vitrée, le sommet de la montagne. Elle n’a jamais rien vu d’aussi beau. L’ours reviendra peut être demain ou après-demain. Un jour peut être, il aura très faim … il y aura alors une tâche rouge au milieu du tapis blanc. Cela sera  assez  laid , mais, elle ne sera plus là pour le voir. La vie est belle.</p>
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<p><strong>Devoir de mémoire aux œufs frais</strong></p>
<p>Un matin à son courrier, elle trouve une invitation de l’amicale des déportés de la grande guerre. Quarante ans après le désastre elle est invitée à témoigner. Comment peut –on survivre à un génocide qui vous enlevé  parents, grands-parents, un frère et deux sœurs ?  Elle a six mois  pour préparer son allocution. Jour après jour elle noircit du papier, se relit, jette tout à la  poubelle…tout ce qu’elle écrit lui parait  vain….</p>
<p>Deux jours avant la date fatidique, l’inspiration lui fait toujours défaut. Pourtant sans crier gare, la panique la quitte. Elle se précipite dehors, fait quelques courses, s’active dans sa cuisine. Le jour J, elle est prête. Elle se rend au lieu de convocation un gros paquet sous le bras. L’amicale des déportés compte 12 survivants. Devant chacun d’eux, elle dépose un ramequin de crème renversée et  prend la parole : mesdames, messieurs, ce que vous avez sous les yeux est mon témoignage. Savourer la douceur de l’instant présent est une forme de courage. Ma crème renversée est un sourire, mais aussi une morale. Merci aux œufs frais,  à la noix de muscade, au nuage de paprika  et  au caramel.</p>
<p>&#8230;<strong><br />
</strong></p>
<p><strong>L’avenir derrière nous ?</strong></p>
<p>Au bord du Canal de l’Outre, une petite maison en rondins aux volets fermés .Ce soir là vingt camions banalisés viennent se ranger le long de l’habitation. Au même moment deux crapauds occupés à croasser, prennent en pleine gueule un jet d’une violence inusitée. Ils s’étouffent, coulent à pic. L’eau du canal verte en certains endroits devient rouge sang. Pas un bruit ne vient rompre le silence ambiant. Le lendemain matin, les camions disparaissent. Arrivent plusieurs limousines noires conduites par des chauffeurs. Leurs occupants entrent dans la maison. Ils se rendent au sous sol dans une salle de réunion immense. La pièce est plongée dans une semi-obscurité. Les  trente deux sièges qui cernent une table en marbre noir sont recouverts de tessons de bouteille multicolores et phosphorescents. Sans doute cette installation est-elle l’œuvre d’un artiste contemporain de grand renom. Trente deux hommes vêtus de costumes blanc immaculés prennent place autour de la table. Ceux là ont la peau très dure. Ils étaient au départ 1400 à vouloir diriger le pays. Le président élu prend la parole :       « Dés demain nous aurons à proposer au pays les mesures qui s’imposent à une grande nation responsable. N’oubliez jamais que tout ce que  nous pouvons dire à l’extérieur  est de la pure langue de bois sans la moindre consistance. Nous sommes d’abord des vendus avant d’être des élus. Nous sommes  là pour faire le malheur du peuple. Tout ce qui peut être fait pour réduire les non possédants à l’état d’esclave doit être accompli. Malheur aux faibles, malheurs aux humanistes fumeux, malheur aux irresponsables qui prétendent que les gens du peuple ont un cerveau. Aujourd’hui  enfin, toute l’intelligence du monde est du bon côté. Ne vous y trompez pas. Nous n’avons pas seulement à gouverner salement mais aussi à imprimer au plus profond des neurones de chacun, qu’il n’y a pas d’autre issue. Nos chaînes de télévision, nos journaux, nos écrivains, tout comme l’élite rassemblée autour de cette table doit jour après jour persuader la masse que le seul destin des pauvres est de rester pauvres. Nos policiers, nos magistrats et aussi nos prêtres le savent depuis très longtemps. Vous comprendrez donc que pour nous l’enjeu est moins de gouverner que de rendre le pays ingouvernable par d’autres. Sachez que le peuple est capable d’apprendre à aimer son malheur. Notre tâche ne manque pas de noblesse. Ceux qui grâce à nous connaitront tous les vicissitudes du monde, sauront ainsi que nous veillons sur eux. Ils finiront  par en redemander. Quoi de plus jouissif pour un pauvre que de pouvoir pleurer sur soi &#8211; même, quoi de plus généreux que de pouvoir partager ses  malheurs avec d’autres victimes du progrès. Dieu nous en est témoin, à travers nos riches bienfaiteurs, c’est l’ordre du monde que nous défendons. Maintenant messieurs c’est à vous qu’il revient de mettre en musique mon discours, c’est à vous de prendre la parole. »</p>
<p>….Aucun n’ouvrit la bouche. Le président regarda sa montre. Trois minutes plus tard, il claqua dans ses doigts. Chacun de ses ex futurs ministres fut instantanément transpercé par une lame d’acier. Les cadavres dans leurs costumes rouge sang  furent aussitôt évacués. Le siècle des mâles dominants venait de prendre fin. Il ne restait plus au président qu’à convoquer des intellectuelles féministes. Seront-elles capables malgré un discours radical, de gouverner  aussi salement que les hommes ? Il l’espérait au plus profond de son cœur.</p>
<p>&#8230;<strong><br />
</strong></p>
<p><strong>Il  a  enfin rejoint  les siens…</strong></p>
<p>Raphael  a 48 ans. Ce soir, il s’est couché à une heure raisonnable. Au pied de son lit se tiennent son père, sa mère, sa sœur aînée Simone, son frère cadet Hector et sa tante Janine. Ce soir il ne lira même pas le journal, il est trop fatigué. Il  fait un petit signe de la main à sa chère famille, un sourire, bonne nuit et il éteint. Le lendemain soir il est seul dans sa chambre pour affronter la nuit. Ses parents seraient bien restés avec lui un peu plus  longtemps, mais avec beaucoup d’assurance il les a invités à prendre le large. La région où il habite est magnifique, ils ne peuvent pas repartir  sans la visiter. Il les reverra avec beaucoup de bonheur d’ici trois ou quatre jours. . Avant de se coucher.il a comme tous les soirs depuis un mois, ingurgité, la potion   préparée par ses soins .Seul dans sa chambre il lira le journal pendant au moins une demie heure, fera un sourire, un geste de la main, bonne nuit comme s’ils étaient encore là et puis il éteindra. Il ne trouvera pas tout de suite le sommeil. Pourquoi  ne pas demander  à une amie de passer le voir demain soir ? Certes il ne l’a pas vue depuis 15 ou 20 ans, mais à l’époque ,ils étaient assez proches . Il  l’imagine  debout devant la fenêtre, attendant qu’il soit couché pour déposer sur son front un baiser affectueux .Un voisin  passe justement à cet instant sur le trottoir d’en face. Il aperçoit la magnifique silhouette se découpant dans la transparence du rideau. Le lendemain matin tout le quartier est au courant. On l’insulte. Un gamin lui jette une pierre. Il ne peut pas prendre un pareil risque. Certes à son âge, il a fort peu de chances de retrouver du travail, mais les amenuiser sciemment serait irresponsable. Comme d’habitude,  à son réveil,  il épluchera les petites annonces, répondra à toutes les propositions avec une conscience professionnelle que sa dernière éviction n’a pas entamé. Il sortira autant de fois que nécessaire pour mettre  à la poste un nombre de lettres impressionnant. Toutes ne sont pas affranchies. Il faut aussi laisser la place aux autres et au hasard…</p>
<p>Ce soir il est satisfait,  son corps  enfin réagit au traitement. Demain, il doublera la dose et ensuite il passera au salon. Comme d’habitude il fait exactement ce qu’il a dit qu’il ferait. Au moment opportun, il sort le sac de ciment du placard, verse deux louches dans une cruche, ajoute un peu d’eau, remue, rajoute encore un peu d’eau et avale. Un sourire traverse son visage. Il se lève sans précipitation, ouvre la porte du salon. Sa famille est là qui l’attend, immobile. Il s’assied sur le siège qui lui est réservé. D’après ses calculs, il dispose encore de trois minutes. Il plonge la main dans le fond du bol, se barbouille le visage avec le reste de sa préparation. Maintenant l’œuvre est accomplie .Le sculpteur a enfin rejoint les siens.</p>
<p>&#8230;<strong><br />
</strong></p>
<p><strong>God save…</strong></p>
<p>Le roi est mort, vive la reine. La fille unique du roi défunt veut marquer les esprits ! Le jour de son couronnement, elle porte le fameux collier aux trois cent verges qu’elle a fait monter à cette occasion. Tous les sujets qui ont contribué à la grande œuvre, l’ont fait librement, pour l’honneur. En échange du service rendu à la couronne ils recevront une copie du portait royal. Suprême élégance un minuscule diamant incrusté dans l’épaisseur du parchemin leur permettra d’identifier leur membre, au sein de la foule anonyme…</p>
<p>&#8230;<strong><br />
</strong></p>
<p><strong>A la baguette</strong></p>
<p>Erica Marcelle est romancière.. Elle a écrit, il y a dix ans un roman à succès que l’Opus Dei a voulu faire interdire. Lucide elle sait tout ce qu’elle  doit à ses censeurs. L’indigence de leur pensée a plus fait pour elle, que l’intelligence haute en plume de critiques littéraires qui  n’avaient depuis fort longtemps reçu un tel choc. Ensuite, il fallu en écrire un second, puis un troisième … puis un dixième. Du premier au dernier de ses livres, Erica déteste ce qu’elle écrit mais ne peut s’empêcher d’aligner des mots les uns à la suite des autres. Elle espère que son acharnement au travail lui permettra d’épuiser le stock de banalités dans lequel elle puise sans modération depuis qu’elle noircit du papier. Ce matin, comme chaque jour, elle s’est mise au travail à 8 h. A 14h 30, elle se lève, enfile une veste pas plus moche que ce qu’elle écrit  et va s’asseoir à la terrasse de Benoit,  la brasserie qui se trouve à moins d’une cigarette de son immeuble. Eté comme hiver Benoît lui sert toujours le même plat un  pot au feu qu’il cuisine en pensant à Marcel Proust, mais ça il se garde bien de le lui dire .Chaque fois qu’Erica le complimente en lui disant qu’il y a dans son pot au feu, un je ne sais quoi qu’elle ne retrouve nulle part ailleurs, il se contente de sourire. En guise de dessert ce jour là, comme les autres jours, Erica se fait servir un verre de chablis. Agrumes, melon et minéralité sont aujourd’hui comme toujours au rendez-vous. Elle savoure.</p>
<p>Sur le trottoir d’en face elle voit un homme plutôt jeune qui passe devant le magasin de vêtements de pêche et chasse sans accorder le moindre regard aux pêcheurs et chasseurs en celluloïd qui le toisent.  Sans doute contrôle-t-il mal le mouvement de son bras droit qui tient une baguette de pain, car cette dernière lui échappe et va percuter la vitrine. Le pêcheur qui n’est qu’un mannequin ne lève même pas un sourcil. Ce qui reste de la baguette va rouler dans le caniveau.</p>
<p>Dix minutes plus tard, un autre homme passe avec sa baguette devant le magasin, il est blond comme le 1<sup>ier</sup>, mais  lui n’imprime aucun mouvement à son bras. Pourtant, on ne sait ni comment ni pourquoi sa baguette lui échappe et comme précédemment vient percuter la vitrine. Cette fois ci l’incident se passe  juste en face du chasseur qui reste imperturbable. Erica est troublée. Elle rentre chez elle, se remet au travail, constate que ce qu’elle écrit n’est ni pire, ni meilleur que d’habitude. A 23 h, elle juge qu’il est temps d’arrêter. Elle se déshabille. Vingt minutes plus tard, elle est au lit, mais hélas le sommeil n’est pas au rendez vous .Ce ne sont pas des moutons qui défilent dans sa tête, mais des baguettes de pain. Le lendemain matin, malgré son épuisement, à 8h précises, elle est comme chaque jour devant son ordinateur. Elle trouve les trois premières phrases qu’elle frappe plutôt plaisantes. Pourquoi les mots qui viennent se placer les uns à la suite des autres ont –ils ce matin la  grâce et la puissance dont ils étaient jusqu’alors dépourvus ? Elle n’en sait rien  et s’en moque. Elle savoure et avance à pas de géant. A 14h 30, elle s’arrête comme d’habitude. Un bref regard jeté à son miroir lui laisse entrevoir une tête de zombie aussi épuisée qu’heureuse. Elle a soif et faim. Quelques minutes plus tard assise à da table habituelle elle échange quelques banalités avec Benoit, avant, rituel oblige, de passer commande. Sans la moindre préméditation, elle s’entend commander un verre de bordeaux rouge que Benoit devra lui servir en apéritif. Ce dernier pâlit, les rides de son front se creusent, il est manifestement très inquiet. Déjà depuis 20 ans qu’elle fréquente l’établissement  elle ne prend jamais d’apéritif et encore moins de vin rouge. Il va jusqu’à craindre qu’elle ait perdu l’inspiration. Pourtant Erica, malgré son épuisement se sent bien. Aujourd’hui les passants ont une couleur, l’air une densité donnant à l’instant présent un charme peu commun. Dans le magasin d’en face les mannequins en celluloïd ont l’air plus calmes plus à l’écoute. Soudain elle aperçoit un individu  sortant de la boulangerie .Il est jeune, brun et il a l’air très décidé. Il fait des moulinets avec sa baguette de pain, mais elle ne semble pas devoir lui échapper. Au moment où il passe devant le chasseur il s’arrête, ajuste sa baguette qu’il feint de prendre pour un fusil et  tire. Deux coups de feu éclatent, le jeune homme s’écroule. Son sang se répand sur le trottoir. Erica se lève, elle court vers le blessé, lui  prend la main. Il a la force de tourner la tête vers elle. Son  visage s’illumine. Trop faible pour hausser la voix, il lui fait signe d’approcher. «  …je ne voudrais pas avoir l’air de profiter de la situation… mais j’ai lu tous vos romans. Ils  sont sublimes, J’aimerais que vous me dédicaciez le prochain. Son corps se soulève puis après un hoquet se raidit. Erica se relève, traverse la rue. Elle s’arrêterait bien au bar de la brasserie pour boire un dernier verre de bordeaux rouge, mais elle doit de toute urgence se remettre à écrire.</p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Le 18 Avril à 19h3O Cassandre/Horschamp bouleverse la donne poïélitique</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Apr 2012 14:58:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de coeur]]></category>
		<category><![CDATA[Cassandre]]></category>
		<category><![CDATA[Horschamp]]></category>
		<category><![CDATA[Roméas]]></category>

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		<description><![CDATA[Impossible d&#8217;avoir une haute idée de l&#8217;art,de la poésie et de la réflexion politique sans favoriser leur émergence dans des lieux propices. C&#8217;est précisément l&#8217;objectif de la revue Cassandre Horschamp qui travaille qui, hors des clivages mortifères ,organise une soirée de débats et interventions artistiques à rebrousse poil du ronron ambiant. Fusées, illuminations assurées avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Impossible d&#8217;avoir une haute idée de l&#8217;art,de la poésie et de la réflexion politique sans favoriser leur émergence dans des lieux propices. C&#8217;est précisément l&#8217;objectif de la revue Cassandre Horschamp qui travaille qui, hors des clivages mortifères ,organise une soirée de débats et interventions artistiques à rebrousse poil du ronron ambiant. Fusées, illuminations assurées avec Julien Blaine, Roland Gori, Serge Pey, Christian Paccoud, l&#8217;équipe de la revue Nicolas Roméas, Valérie de saint Do et des invités surprise.</p>
<p>Théâtre Montfort 106 rue Brancion. Métro Porte de Vanves.Participation aux frais 5 Euros</p>
<p>le Mercredi 18 Avril à 19H30</p>
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		<title>Demandez le programme !</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 13:27:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Convictions]]></category>

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		<description><![CDATA[]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Programme2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-4450" title="Programme" src="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Programme2.jpg" alt="" width="1936" height="1936" /></a></p>
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		<title>Il semble bien que l&#8217;on ait besoin du peuple pour défendre les intérêts du peuple !</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Apr 2012 16:33:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Prises de position]]></category>

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		<description><![CDATA[Plaidoyer pour une gauche populaire Sous la direction de Laurent Baumel et François Kalfon Textes de Laurent Bouvet, Philippe Guibert, Christophe Guilluy, Remy  Lefebvre, Alain Mergier , Camille Peugny  – prix : 10 € Ne Comptez surtout pas sur moi pour vous résumer en 20  lignes ou plus le contenu de ce livre de 114 pages, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Plaidoyer pour une gauche populaire</strong></p>
<p><strong>Sous la direction de Laurent Baumel et François Kalfon</strong></p>
<p><strong>Textes de Laurent Bouvet, Philippe Guibert, Christophe Guilluy, Remy  Lefebvre, Alain Mergier , Camille Peugny  – prix : 10 €</strong></p>
<p>Ne Comptez surtout pas sur moi pour vous résumer en 20  lignes ou plus le contenu de ce livre de 114 pages, format poche. Il est beaucoup trop important  pour cela. Je préfère énoncer  en quelques points  les premières réflexions que suscitent  cet ouvrage:</p>
<p>1/Certains peuvent penser être de gauche sans avoir à défendre les intérêts  des catégories populaires. Cela n’est pas nouveau, mais ce qui l’est c’est la mise en avant officielle de cette stratégie. A qui la fondation Terra Nova ,think tank proche du PS a-t-elle servi de poisson pilote ?</p>
<p>Rétrospectivement ,il semble bien que des années plus prospères ou moins dures aient permis au PS de cultiver un progressisme répondant  essentiellement  aux aspirations des classes moyennes montantes qui habitent toutes au centre des villes. A ce stade la droitisation de la société française face à la crise est ni plus ni moins qu’un alibi. Les élites politiques progressistes ont  abandonné  une large partie des classes populaires à leur triste sort.</p>
<p>2/ Cet abandon contre nature n’est plus possible . Il n’a jamais été souhaitable, mais  face à la crise il devient une hérésie. Comme l’écrit Alain Mergier  « une partie de la société a l’impression qu’elle fait marche arrière parce que l’autre fait marche avant »    Non seulement la gauche qui ne défend pas les intérêts du peuple n’est plus de gauche mais  elle pourrait le disputer en crétinisme à la droite dite la plus bête du monde. Les informations et analyses de ce livre démontrent bien que c’est sur une ligne de classe ne refusant pas le conflit, que la gauche ouvriers+ employés + classes moyennes peut l’emporter si elle a un projet ambitieux et solidaire ( comme la révolution de l’école voir le texte de Camille Peugny   )</p>
<p>3/ des années de renoncement , sans travail de fond pourraient nous faire oublier une équation très simple : les ouvriers + les employés sont 60% de la population française.  Cette vérité basique ou plutôt son oubli donne la mesure des  préjugés en cours.</p>
<p>4/Grosso modo un parti politique s’informe de 2 façons :</p>
<p>a/ sa composition sociale constitue un bouillon de culture pour son projet politique. Contrairement à celui de 81 ,lePS  des années 2000 ne  sait plus ce que c’est qu’un ouvrier, ces derniers ne sont plus au PS .</p>
<p>b/ Les études faite par le parti ou des sociologues proches permettent de pallier en partie  ce manque. La situation est intéressante puisque la fondation capitularde est proche du PS et les directeurs du présent ouvrage sont des responsables du PS. C’est donc à   la direction de ce parti comme à son candidat de trancher, sachant que ce choix comme le souligne Rémi Lefebvre est un préalable et pas encore une stratégie.</p>
<p>5/ La crise ne permet pas de faux fuyants. la gauche semble avoir fait des progrès du côté de la prise en compte de l’insécurité et du sentiment d’insécurité. Tant mieux. Espérons qu’à  la lumière de ce livre ses principaux responsables comprendront que la lutte des classes est d’autant plus réelle que les classes moyennes ont progressivement appris  que chacun peut être jeté, « déclassé » du jour au lendemain. Le peuple est quantitativement en progression. Ce n’est pas une très bonne nouvelle.</p>
<p>6/le rejet de la politique du président des riches n’est pas en soi une stratégie. Sauf à penser comme Terra Nova  que la clientèle populaire qui vote front national n’est pas récupérable . La violence faite aux classes populaires est trop forte pour se contenter de vilipender le fondé de pouvoir de l’oligarchie. Les classes dominantes étranglent doublement le peuple , d’abord en l’appauvrissant en le précarisant ensuite en lui interdisant de se penser collectivement comme une classe.</p>
<p>7/ Pour la première fois en France un ouvrage de vulgarisation donne   informations très claire sur la nouvelle spatialisation de la lutte des classes. Qui habite les  espaces ruraux ? En  grande partie les ouvriers et les employés. Au-delà des banlieues et des quartiers dits difficiles le péri –urbain abrite un nouveau prolétariat.</p>
<p>8/ Les français seraient paralysés par la crise et par  la propagande  de la droite ? L’étude de la Fondation Jean Jaurès analysée par Philippe Guibert démontre qu’il n’en est rien. Ils sont plutôt  asséchés par le silence de la gauche. Leur individualisme est un pis aller pour faire face à l’incertitude de leur situation. Ils ne réagissent pas comme des victimes sans ressort, mais faute de mieux ils se débrouillent. Ils ont du talent, du dynamisme et le prouvent. Faute de mieux ils légitiment ainsi leur individualisme.</p>
<p>9/ Les résultats électoraux obtenus ces dernières années démontrent  bien qu’à ne cultiver que les nouvelles élites et populations culturellement avancées,  la gauche risque fort de devenir le parti des grandes et moyennes villes  de France.  Ne pas abandonner le pouvoir d’état, ni surtout une espérance de changement social suppose, sans le moindre extrémisme, du courage, du  travail, une grande capacité à convaincre  et à imaginer de nouvelles solidarités.</p>
<p>10/ Selon la place que l’on occupe on peut être légèrement optimiste. « Plaidoyer  pour une gauche populaire » constitue un outil de déverrouillage efficace. Il ne surtout pas se demander si le peuple peut entendre ce qui est dit dans ce livre. Il faut plutôt se donner les moyen<em>s </em>pour  que les élites à la tête de la gauche  entendent le peuple. Il y a urgence, sinon c’est une partie de plus en plus importante du pays qui fera sécession soit en s’abstenant soit en rejoignant le FN .</p>
<p>Débattre, faire pression sur les responsables, considérer que le conflit est porteur d’avenir est aujourd’hui indispensable. Le peuple est souvent plus mûr que ses dirigeants . D’autant que la crise lui a plus appris que bons nombre de sessions de formation. Au travail !</p>
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		<title>Le 27 mars à Créteil, ils ont été merveilleux.</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Mar 2012 10:34:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Initiatives]]></category>

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		<description><![CDATA[Il a y  des soirs où tout foire, d&#8217;autres qui sont comme des petits miracles en suspension, au croisement du temps et de l&#8217;espace. Ce fut ce genre de cadeau que les intervenants comme le public de Mardi ça fait désordre, façonnèrent ensemble à Créteil le Mardi 27 Mars au Centre socio culturel Madeleine Rebérioux. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il a y  des soirs où tout foire, d&#8217;autres qui sont comme des petits miracles en suspension, au croisement du temps et de l&#8217;espace. Ce fut ce genre de cadeau que les intervenants comme le public de Mardi ça fait désordre, façonnèrent ensemble à Créteil le Mardi 27 Mars au Centre socio culturel Madeleine Rebérioux. L&#8217;acuité intellectuelle, la générosité de Stéphane Hessel, son charisme y furent pour beaucoup, mais les autres intervenants  furent au diapason. Qu&#8217;il  s&#8217;agisse du Conseil des jeunes de Créteil, des danseuses de Céline Tringali, de la naissance d&#8217;un grand journal, l&#8217;Impossible créé par Michel Butel, des contes d&nbsp;&raquo;Hamed Bouzzine, du collectif AC le feu animé  par Mohamed Mechmache, des vidéos de Reporter citoyen, des interventions de Philippe Merlant; au delà des singularités propres à chacun,était en marche un mouve,ment d&#8217;exigence à  hauteur de passion humaine. L&#8217;énergie communiquée à chacun pourrait bien être une invitation à créer et à recréer.</p>
<div id="attachment_4432" class="wp-caption alignleft" style="width: 435px"><a href="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Stéphane-Hessel-et-Michel-Butel.jpg"><img class="size-full wp-image-4432" title="Stéphane Hessel et Michel butel à Mardi ça fa it désordre le 27 Mars" src="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Stéphane-Hessel-et-Michel-Butel.jpg" alt="" width="425" height="285" /></a><p class="wp-caption-text">Photo Arielle bernheim</p></div>
<p>Merci.François Bernheim</p>
<p><strong>Autres raisons de se réjouir.</strong></p>
<p>L&#8217;impossible, le nouveau mensuel de Michel Butel est en kiosque comme  dans  les bonnes librairies. 5€ pour avoir des nouvelles, nouvelles du monde. En parallèle une anthologie des meilleurs articles de l&#8217;Autre Journal de Michel Butel ( 1984/ 1992) vient d&#8217;être rééditée par les éditions des Arènes. Plus de 400 pages merveilleuses  qui nous comblent pour 29,80 €</p>
<p>le 27 mars  sorti &laquo;&nbsp;le Journal des Sans Voix&nbsp;&raquo; Vous le trouverez en supplément de votre quotidien favori. Reportages et rédaction sont assurés par les équipes de Reporter citoyen.</p>
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		<title>Et si la meilleure façon de critiquer les médias clonés était de former d’autres journalistes capables de créer des médias différents ?</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Mar 2012 10:05:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Acteurs société]]></category>

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		<description><![CDATA[Reporter citoyen, est depuis plusieurs numéros de Mardi ça fait désordre, un partenaire moteur de notre aventure. A la veille d’un Mardi, dont on reparlera, il nous a semblé important de mettre en avant une démarche qui fait, chaque jour avancer la démocratie sur le terrain. Au-delà de cette perspective réjouissante, il est vivement conseillé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p><strong></p>
<div id="attachment_4420" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Groupecompressé.jpg"><img class="size-medium wp-image-4420" title="Groupe(compressé)" src="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/Groupecompressé-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Enthousiasme citoyen</p></div>
<p></strong></p>
<p><strong>Reporter citoyen, est depuis plusieurs numéros de Mardi ça fait désordre, un partenaire moteur de notre aventure. A la veille d’un Mardi, dont on reparlera, il nous a semblé important de mettre en avant une démarche qui fait, chaque jour avancer la démocratie sur le terrain. Au-delà de cette perspective réjouissante, il est vivement conseillé  à qui veut recevoir une bouffée de pur oxygène  de rencontrer ces nouveaux journalistes et leurs animateurs.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Site : reporter-citoyen.fr</strong></p>
<p><strong>Pourquoi Reporter Citoyen ?</strong></p>
<p>« Parce que les médias doivent se remettre en question et que la profession de journaliste est largement réservée à ceux qui ont les moyens de se payer des études, les équipes de La TéléLibre et de l’Emi (École des métiers de l’information) ont réuni leurs compétences pour inventer Reporter citoyen. L’idée est simple : ouvrir la porte aux jeunes des quartiers populaires en leur proposant une formation gratuite sur une période de trois ans<strong>. </strong>Depuis février 2010 et jusqu’en juin 2012, une trentaine de jeunes filles et garçons de Bou­logne-Billancourt, Stains et Créteil se forment aux métiers du reportage multimédia pour finir par la réalisation d’un web-doc participatif. Une for­mation à la fois technique et éthique.</p>
<p>Agés de 18 à 30 ans, les jeunes adultes poursuivent par ail­leurs leurs études ou ont une activité professionnelle.</p>
<p>Chaque semaine en fin de jour­née, ils retrouvent leur forma­teur, Philippe Merlant, pour des sessions de cours dans les locaux de l’emi, à Paris, ou dans leurs quartiers respectifs.</p>
<p>Les portes de La TéléLibre leur sont ouvertes pour des stages pratiques et les professionnels de l’association, réunis autour de John Paul Lepers, assurent un suivi régulier de leurs pro­ductions audiovisuelles.</p>
<p>Le projet Reporter citoyen est notamment soutenu par le conseil régional d’Ile-de-France, par les trois villes concer­nées et par l’Acsé (Agence na­tionale pour la cohésion so­ciale et l’égalité des chances).</p>
<p>La sortie du web-documen­taire « Je suis un Reporter-Ci­toyen », qui retrace la première année de formation, est l’occa­sion de dresser un bilan d’étape de cette expérience innovante à destination des jeunes des quartiers populaires. Devant le succès de l’opération et la demande des collectivités lo­cales, l’Emi et LaTéléLibre ont décidé de lancer une deuxième promotion, et de l’inscrire dans un projet plus global, ce­lui de l’École populaire du mé­dia libre. »</p>
<p><strong>Joie ,puissance 3 </strong></p>
<p><strong>Trois moments forts  qui ont marqué Philippe Merlant l’un des initiateurs de cette démarche</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>1/ Le Forum Social de Dakar en janvier 2011</strong></p>
<p>Les jeunes équipes de Reporter citoyen  couvrent l’évènement. Ils se trouvent plongés dans un univers qu’ils ne connaissent pas celui de la solidarité internationale structurée. Subitement leur équation personnelle, celle qu’ils vivent dans leurs quartiers se trouve en phase avec l’axe de la problèmatique Nord/ Sud à l’échelle mondiale. La rencontre a eu lieu.</p>
<p><strong>2/ Le Journal des Sans voix </strong></p>
<p>En 2007 , plusieurs associations dont Amnesty, le Secours catholique  ATD Quart Monde, prennent l’initiative de donner la parole au «  Sans Voix »</p>
<p>Ce supplément est encarté dans les principaux quotidiens. En 2012 l’initiative est réactualisée. Ce sont les équipes de Reporter citoyen qui en ont assuré la rédaction. Ce supplément sort le 27 mars.</p>
<p><strong>3/ Les conférences de rédaction ouvertes</strong></p>
<p>Reporter citoyen, invite les conseillers de quartier ,en général des personnes âgées à des conférences de rédaction ouvertes.</p>
<p>Les conseilleurs de quartier font de multiples propositions de reportage fort intéressantes. Jeunes et vieux croisent leurs expériences pour aller plus loin. Ensemble.</p>
<p>Voir le  Site<strong> : reporter-citoyen.fr</strong></p>
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		<title>Pan ! Pan !</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Mar 2012 18:36:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Prises de position]]></category>

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		<description><![CDATA[Un talisman, trois bandes de couleurs, et par magie tu peux défourailler tel un psychopathe, pan pan sur l’ennemi public n° 1 (en chiffre arabe) Elle est sauvée, la France est, L’assassin est à son tour, assassiné.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un talisman, trois bandes de couleurs, et par magie tu peux défourailler tel un psychopathe, pan pan sur l’ennemi public n° 1 (en chiffre arabe) Elle est sauvée, la France est, L’assassin est à son tour, assassiné.</p>
<p><a href="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/b.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-4414" title="b" src="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/b-300x282.jpg" alt="" width="300" height="282" /></a></p>
<div><span style="font-family: sans-serif;"><br />
</span></div>
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		<title>Si c’est une femme.</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Mar 2012 10:49:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[photographe]]></category>

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		<description><![CDATA[Portrait  de Clarisse Rebotier photographe _________________________________ Après Claire Seban, Serge Haguenauer, Nicolas Roméas, Philippe Dauchez, Sylvie Crossman, Tony Gatlif, voici le portrait de Clarisse Rebotier, photographe . Notre série « On dirait qu’ils sont vivants » continue.Les personnes que nous rencontrons, ont  chacune un parcours de vie qui  leur appartient. Elles ont cependant en commun une exigence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
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<div id="attachment_4406" class="wp-caption alignleft" style="width: 232px"><a href="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/clarisse.jpg"><img class="size-medium wp-image-4406" title="clarisse Rebotier" src="http://www.cafaitdesordre.com/blog/wp-content/uploads/clarisse-222x300.jpg" alt="" width="222" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">photo Arielle Bernheim</p></div>
<p></strong></p>
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<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Portrait  de Clarisse Rebotier photographe</strong></p>
<p><strong>_________________________________</strong></p>
<p>Après Claire Seban, Serge Haguenauer, Nicolas Roméas, Philippe Dauchez, Sylvie Crossman, Tony Gatlif, voici le portrait de Clarisse Rebotier, photographe . Notre série « On dirait qu’ils sont vivants » continue.Les personnes que nous rencontrons, ont  chacune un parcours de vie qui  leur appartient. Elles ont cependant en commun une exigence qui fait qu’en permanence leur éthique interroge leurs actes.</p>
<p>____________________________________________________________________________</p>
<p>Le bébé  attendu sera doté d’un membre érectile, communément appelé sexe masculin. Il s’appellera  Sébastien. Erreur, l’enfant  est une fille. Sébastien s’appellera donc Clarisse. Pas conforme, pas membrée, elle saura très vite ce que le mot «  manque » veut dire. Comment exister très fort aux yeux des autres et en particulier de ses parents quand on n’est pas vraiment attendu ? La tâche n’est pas facile. Pour beaucoup elle aurait été impossible.</p>
<p>La petite fille manifeste  une vitalité et une soif de liberté inversement proportionnelle à la place qu’on lui accorde. A l’âge de 12 ans, elle part avec une amie de son âge à Amsterdam. Quelques années plus tard, sa maman lui rappellera qu’elle avait laissé dans le réfrigérateur un petit mot, l’informant de son départ. La mère  est   persuadée qu’une fille aussi suractive que la sienne ne  fera pas de vieux os. Elle lui laissera donc la bride sur le cou.</p>
<p>Jusqu’à sa puberté, Clarisse  croit qu’elle est une fille à titre transitoire. Parce quand on est grand, on est forcément un garçon. Elle se souvient qu’à l’âge  de 6 ans, elle a visité l’atelier d’un peintre ami de ses parents. Dans l’antre de l’artiste, elle découvre des toiles immenses  avec variations sur un thème unique : le sexe masculin en érection. Elle est subjuguée. Mais ce qui la fascine  d’abord, c’est la matière de la peinture, son épaisseur comme préfiguration  d’une  chair infiniment tourmentée. Ce langage du corps ne cessera de l’interpeller. Elle s’imagine en  peintre. Il est, bien entendu, barbu.</p>
<p>Il  faudra à Clarisse de longues années et deux attentats majeurs contre sa personne pour s’apercevoir qu’elle  existe. Dans l’ordre d’entrée en scène, c’est la maladie qui frappe la première. Ensuite, un homme l’entraîne dans son gouffre. Quand on s’estime soi même à presque rien Il n’en faut pas beaucoup  pour plonger dans le néant. Ce « pas beaucoup » est trop peu pour elle. Elle donnera alors un grand coup de pied dans la marmite et sortira du néant. L’adversité qui permet de prendre conscience que l’on existe mérite un coup de chapeau. Merci à Boris Cyrulnik pour la résilience.</p>
<p>Maladie oblige, demain n’existe plus. Mais aujourd’hui est  intense. Elle aimerait être photographe comme Bacon est peintre. Un jour elle visite sa rétrospective  à Beaubourg. Il s’en faut de peu qu’elle ne s’évanouisse. La chair de tous ces corps  la bouleverse. C’est bien ce vertige là que ses photos doivent créer.</p>
<p>Elle arpentera le monde, passera un  an avec des moines, vivra 5 ans en Tunisie, fera plusieurs reportages sur la fête de l’Aïd, cérémonie sacrée où l’on égorge le mouton dont  toute la famille a pris soin pendant un mois. Rituel de cruauté, d’amour, de célébration de la vie ? Oui, mais hors de toute gesticulation grossière.</p>
<p>Aller aux quatre coins de la planète, découvrir d’autres  êtres vivants, des objets, permet de voir sa propre trajectoire, de débusquer ses  habitudes, mais surtout  de trouver ce qui nous est commun, ce qui nous relie au-delà des différences les plus criantes. Il pourrait s’agir de quelque chose qui intéressait diablement Georges  Perec,  une sorte de noyau avec du vide autour. Quelque chose d’indéfinissable et qu’il ne faudrait surtout pas définir… un manque  obligeant  tous ceux ou celles que cela intéresse, à  revisiter sans cesse  l’énigme dont le sens  se dérobe à chaque instant.</p>
<p>Bacon, mais aussi Soutine, Rebeyrolle, avec eux les corps expriment leurs tourments. C’est la matière même de la peinture dans son épaisseur qui témoigne de cette  violence. Clarisse cherche. Elle veut se situer à un endroit précis où l’horreur rejoint  un appétit  démesuré de la vie, là ou la colère et les larmes finissent en éclats de rire. Alors elle organise les rencontres les plus incongrues : chair humaine confrontée aux insectes , personnages de BD introduits de façon saugrenue dans notre quotidien. Aujourd’hui elle effectue un reportage au Museum d’histoire naturelle  du Jardin des Plantes, département taxidermie. Sur la table une  tête  de vache sanglante qui ne sent pas vraiment le lait frais. Clarisse farfouille dans la gueule de l’animal, introduit dans la place des figurines de  flics et de  voyous mimant un hold-up. L’image est à mourir de rire.  L’humour de la photographe danse la gigue là où le vertige nous guette. Cette pudeur  qui ne manque  pas de panache, nous apporte  une bonne nouvelle : ne pas oublier que ceux qui meurent ont bénéficié d’un incroyable privilège : celui d’avoir vécu !</p>
<p>Clarisse est exigeante. Elle a conscience que la chair qu’elle capture ne frôle pas  d’assez prêt les chemins  de l’abîme.  Ses  problèmes ont provoqué une prise de conscience qui  « lui a sauvé la vie ». Maintenant, elle avance au jour le jour. Ce qui compte c’est de faire un pas en avant, d’être fière de ce qui a été fait aujourd’hui, d’un simple jogging comme du reste. Elle paraît d’ailleurs incroyablement à l’aise avec son corps. Pour marcher, danser, faire l’amour ou  le pitre.  Elle aime les images mais aussi les mots. Elle a  écrit plusieurs scénarii. Dans l’un, un homme passe une nuit d’amour avec une prostituée. Le lendemain, l’homme a disparu. La prostituée pourrait être accusée de meurtre. Grave erreur. Morte pendant la nuit,  l’homme en a profité pour recouvrir son propre corps de sa peau. Dans un autre scénario intitulé « Groschwitz », l’action se situe dans un hôpital  qui n’est ni plus ni moins que la réactivation d’un établissement où les nazis se livraient à la torture. Tous les patients y sont obèses et  habillés en blanc. Forcément magnifiques.</p>
<p>« Si c’est un homme » est sa bible. La volonté de vivre de Primo Levi a, au moins provisoirement, eu raison de l’enfer. Le poème placé en exergue du livre  s’adresse au genre humain, qui comme chacun sait, est composé d’hommes et de femmes. Clarisse, elle, a choisi d’être une femme, une artiste.</p>
<p>François Bernheim</p>
<p>« Vous qui vivez en toute quiétude</p>
<p>Bien au chaud dans vos maisons,</p>
<p>Vous qui trouvez le soir en rentrant</p>
<p>La table mise et des visages amis,</p>
<p><em>Considérez si c&#8217;est un homme</em></p>
<p>Que celui qui peine dans la boue,</p>
<p>Qui ne connaît pas de repos,</p>
<p>Qui se bat pour un quignon de pain,</p>
<p>Qui meurt pour un oui ou pour un non.</p>
<p><em>Considérez si c&#8217;est une femme</em></p>
<p>Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux</p>
<p>Et jusqu&#8217;à la force de se souvenir,</p>
<p>Les yeux vides et le sein froid</p>
<p>Comme une grenouille en hiver.</p>
<p>N&#8217;oubliez pas que cela fut,</p>
<p>Non, ne l&#8217;oubliez pas :</p>
<p>Gravez ces paroles dans votre cœur,</p>
<p>Pensez-y chez vous, dans la rue,</p>
<p>En vous couchant, en vous levant ;</p>
<p>Répétez-les à vos enfants,</p>
<p>Ou que votre maison s&#8217;écroule,</p>
<p>Que la maladie vous accable,</p>
<p>Que vos enfants se détournent de vous. »</p>
<p><strong>Primo Levi, 1947</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Les photos de  Clarisse Rebotier  sont sur le site : www.clarisserebotier.com</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>&#171;&#160;L&#8217;Impossible &#160;&#187;  est arrivé</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Mar 2012 12:38:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François</dc:creator>
				<category><![CDATA[Initiatives]]></category>
		<category><![CDATA[Butel]]></category>
		<category><![CDATA[Hessel]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;autre journal créé par Michel Butel est l&#8217;un des rares journaux ,sinon le seul à s&#8217;être imprimé dans  nos veines,nos ventres comme dans tous nos replis. A quoi cela pourrait servir d&#8217;ouvrir la bouche et les yeux,si ce n&#8217;est pour dire la joyeuse et tragique beauté du monde. Ce pari fou, insensé ,&#160;&#187;impossible&#160;&#187;  s&#8217;affiche  depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;autre journal créé par Michel Butel est l&#8217;un des rares journaux ,sinon le seul à s&#8217;être imprimé dans  nos veines,nos ventres comme dans tous nos replis. A quoi cela pourrait servir d&#8217;ouvrir la bouche et les yeux,si ce n&#8217;est pour dire la joyeuse et tragique beauté du monde. Ce pari fou, insensé ,&nbsp;&raquo;impossible&nbsp;&raquo;  s&#8217;affiche  depuis le 14 Mars dans les kiosques. Attendez vous à avoir le vertige,à faire la conversation et à rire avec des amis qui ont autant de talent,d&#8217;humour et d&#8217;amour que tous ceux qui liront &laquo;&nbsp;l&#8217;Impossible&nbsp;&raquo;  créé par Michel Butel et une équipe de &nbsp;&raquo; belles personnes&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>L&#8217;impossible. 128 pages. mensuel .5€</strong></p>
<p><strong>Mot de passe conseillé :</strong></p>
<p>Vous arrivez<strong> </strong>chez votre marchand de journaux, vous lui dites &nbsp;&raquo; je voudrais l&#8217;Impossible&nbsp;&raquo; ensuite vous donnez le mot de passe à vos amis, vous retournez aussi souvent que possible chez votre marchand de journaux, vous en touchez un mot à vos amis , qui eux même parleront à leurs amis .Bref ,nous seront de plus en plus nombreux à  dire &nbsp;&raquo; je voudrais l&#8217;Impossible&nbsp;&raquo;. Cette petite phrase va faire son chemin. Le monde va se mettre en marche<strong>.<br />
</strong></p>
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